Quel type de Master pour les Infirmiers
Conseiller de Santé ?
Grade ou diplôme ?
Au congrès de Lille, nous
nous étions interrogés sur la caractérisation de notre profession à l’Education
nationale. Si nous avions répondu à la nécessité d’une formation d’adaptation à
l’emploi validante et diplômante de
niveau master 2 nous n’avions pas alors tranché entre spécificité et
spécialité. Pour faire avancer notre revendication de reconnaissance par un
master pour la profession à l’Education nationale et répondre à la question, quel
type de master pour les infirmières conseillères de santé (grade ou diplôme),
il est nécessaire d’approfondir les deux notions qui cohabitent depuis l’intégration des études d’infirmières
au système LMD en 2009, à savoir les pratiques avancées d’une part et la
spécialité d’autre part.
I/
Les pratiques avancées :
Si la définition des
pratiques avancées a pu nous séduire dans la conception qu’elle donne de la
pratique infirmière, nous devons nous pencher sur les conditions dans lesquelles
cette notion a émergé dans les différents pays développés et quels sont les
objectifs poursuivis au moment de leur mise en place.
Définition
donnée par le Conseil international des infirmières (CII):
« L’infirmière
qui exerce en pratique avancée est une infirmière diplômée qui a acquis des
connaissances théoriques, le savoir-faire nécessaire aux prises de décisions
complexes, de même que les compétences cliniques indispensables à la pratique
avancée de sa profession. Les caractéristiques de cette pratique avancée sont
déterminées par le contexte dans lequel l’infirmière sera autorisée à exercer
» (CII 2008).
Ce concept de pratique avancée :
- intègre
recherche, éducation, pratique et organisation
- implique un haut
degré d’autonomie professionnelle
- repose sur le
suivi individuel des patients
- fait appel à des
compétences élargies dans le domaine de l’évaluation clinique, de
l’application du jugement clinique et du raisonnement diagnostic
- implique la mise
en œuvre du processus de consultation
- implique des
actions de planification, de mise en œuvre et d’évaluation de projets
- positionne le
professionnel comme une ressource de première ligne pour les usagers.
Derrière
cette présentation intéressante, des pays confrontés à une réelle pénurie de
médecins.
Comme le souligne le rapport de l’Organisation de
coopération et de développement économique (OCDE- juillet 2010) relatif aux
pratiques avancées des infirmières, les raisons principales du développement
des pratiques infirmières avancées varient selon le contexte de chaque pays. En
revanche, si la volonté de promouvoir et de valoriser la profession infirmière est
mentionnée, elle n’est pas la motivation première de ces évolutions. En
effet, c’est bien la demande croissante
pour différents types de services de santé et une offre limitée de médecins qui sont les
principaux motifs de développement des pratiques avancées. Le rapport fait clairement
apparaître que les pays qui ont développé les premiers les pratiques avancées
sont ceux qui sont confrontés à une réelle pénurie de médecins et non à une pénurie d’infirmières, ce que nous connaissons,
en revanche, en France.
Comparaison
internationale sur la pénurie de médecins au regard du nombre d’infirmières par
pays :
Le nombre de médecins et d’infirmières, et le ration
infirmière-médecin, varient beaucoup selon les pays. Ainsi le nombre de
médecins varient de moins de 2,5 pour 1000 habitants au Canada, au Japon, en
Pologne et aux Etats-Unis à plus 3,5 en République Tchèque. C’est ainsi qu’au
Canada il ya un ration de 4 infirmières pour 1 médecins, au Japon 4 infirmières
pour 4 médecins et en France il ya 2 infirmières pour 4 médecins.
La question de la pénurie de médecins, pourtant souvent
mise en avant en France, n’est pas
fondée puisque même le conseil de l’ordre des médecins a reconnu qu’il n’existait
pas de pénurie de médecins. La question soulevée pose davantage le problème de
la répartition des médecins selon les territoires que de la pénurie. En
revanche, en ce qui concerne les infirmières il ya une réelle pénurie confirmée
par les chiffres cités ci-dessus.
Le rapport de l’OCDE note d’ailleurs qu’ « il n’est pas étonnant de constater que les
rôles avancés infirmiers (notamment infirmières praticiennes) tendent à être
développés dans les pays où le nombre de médecins est relativement faible et le
nombre d’infirmières relativement élevé, et donc avec un ratio
infirmière-médecin élevé. C’est le cas en Finlande, aux Etats-Unis, au canada
et au Royaume-Uni. »
Infirmières
en pratique avancée ou auxiliaires médicaux et/ou assistants de médecins ?
Se contenter de ce
statut d’infirmier(e) en pratique avancée pourrait nous conduire à ne devenir
que des assistants(tes) de médecins comme on peut l’observer aux
Etats unis et au Royaume-Uni. Ces pays ont commencé à utiliser d’autres
approches complémentaires pour répondre aux besoins croissants de soins, par le
développement, par exemple, « d’auxiliaires médicaux » ou
« d’assistants de médecins » afin d’aider les médecins dans leurs
tâches cliniques et ou administratives.
Certains pays ont choisi de
développer de nouvelles catégories de personnel de santé pour tenter
d’améliorer l’efficacité de la « fourniture de soin » et réduire la
charge de travail des médecins en déléguant certaines tâches qui peuvent être
exécutées par d’autres personnes. C’est le cas de l’Allemagne, des Etats-Unis,
du Canada et du Royaume Uni où la formation de
ces personnels de santé est reconnue diversement puisqu’elle est parfois
reconnue au niveau licence, parfois au niveau master.
Distinction des principaux rôles de l’infirmière en pratiques avancées.
- Tâche
de substitution ou tâche complémentaire ?
Certaine
tâches antérieurement réalisées par les médecins
sont transférées aux infirmières en pratiques avancées. Le principal objectif
dans ce cas est de réduire la charge de travail des médecins et dans le même
temps si possible de réduire les coûts.
Dans
le cas de tâches complémentaires les infirmières en pratique
avancée prennent en charge de nouveaux services non assurés précédemment, par
exemple dans le cadre de nouveaux programmes de gestion de maladies chroniques
ou pour promouvoir une meilleure qualité des soins dans les structures
hospitalières. Ces nouvelles activités ne sont pas traditionnellement réalisées
par des médecins. Les principaux objectifs sont de renforcer le service par une
meilleure continuité et qualité des soins, tandis que l’objectif de réduire les
coûts est tout au plus secondaire.
Deux
types de consultations infirmières de PA peuvent ainsi être distingués :
Des
consultations davantage orientées sur le domaine médical.
Ces types de consultations sont plus proches
d’une consultation médicale et impliquent en général des tâches de substitution. Dans ces formes de consultation, les
tests et diagnostics peuvent être réalisés par des infirmières de PA qui, dans
d’autres pays seraient seulement exécutés par des médecins. Ces consultations
de type médical peuvent être assurées avec ou sans la supervision d’un médecin.
Si elles sont conduites sous la supervision d’un médecin, et impliquent
seulement la participation de l’infirmière dans une consultation médicale,
elles peuvent être considérées comme de
« fausses » pratiques
avancées.
Des
consultations infirmières plus intensives / étendues :
Ces types de consultation
prennent encore racine dans les théories et pratiques infirmières avec un plus
grand champ d’expertise. Par exemple pour l’infirmière à l’Education nationale,
ce type de consultation exigerait une capacité d’orientation et de
prescriptions qui demande une plus grande connaissance dans un contexte
d’exercice (le système éducatif) qui oblige à une réelle autonomie dans la
décision.
A l’Education nationale, la
demande toujours plus pressante d’impliquer les infirmières sur la visite
médicale de tous les enfants de 6 ans alors que le médecin conserve le pouvoir
de supervision est contradictoire avec un renforcement de l’autonomie de la
profession. Elle s’assimile au type de
consultations orientées sur le domaine médical
Formes
de coordination entre médecins et infirmières en pratique avancée :
Les différentes formes de
coopération qui existent dans ces pays qui ont mis en place les PA sont de deux
natures.
La première, est de nature hiérarchique lorsque ces infirmières exercent sous la
supervision des médecins. Dans ce cas, elles conservent un lien étroit avec les
médecins impliquant un degré variable d’autonomie. A cet égard, la
tentative (avortée grâce à notre mobilisation ) de modification de la
hiérarchie du chef d’établissement dans la « fiche métier » en début
d’année scolaire 2010, au profit d’une hiérarchie professionnelle par l’ICTD,
était une première remise en cause de
l’autonomie de l’infirmière.
La deuxième est de nature non hiérarchique. Dans ce cas
les infirmières exercent en totale autonomie sans la supervision des médecins.
Formation
proposée dans les différents pays concernés :
Dans la plupart des pays, un
diplôme de niveau master est dorénavant exigé. Cependant, le Royaume-Uni donne
l’exemple d’un pays où seul un diplôme de premier cycle universitaire est
requis pour beaucoup de postes de PA. La formation initiale peut être complétée
par des programmes de formations spécifiques pour les infirmières désirant
étendre leur pratique dans certains domaines, tels que la prescription.
Si nous nous sommes attardés
un peu longuement sur le rapport de l’OCDE, c’est qu’il montre très bien que
l’argument de la pénurie de médecins est la raison essentielle qui détermine le
développement des pratiques avancées pour la profession infirmière dans les
pays où la pénurie de médecins est bien réelle. En revanche en France, les
chiffres montrent que nous ne sommes pas véritablement dans une situation de
pénurie médicale. C’est, au contraire, la pénurie d’infirmières qui est le
premier problème. Il montre d’autre part que si des pratiques avancées existent
sous forme de tâches complémentaires, ce sont surtout les tâches de
substitution qui restent majoritairement proposées aux infirmières, ce qui
affaiblie singulièrement le rôle d’acteur de santé à part entière.
Il est clair que
les arguments de pénurie de médecins qui sont martelés à l’Education nationale, s’ils étaient retenus,
pourraient avoir comme conséquence une réorientation des missions des
infirmières vers des tâches de
substitution en lien avec les problématiques médicales de santé publique.
Dans ce cas la demande à laquelle les infirmières répondent, s’éloigne des
réponses spécifiques exercées en pleine autonomie à partir de l’accueil
l’écoute les soins le suivi l’orientation l’éducation à la santé.
Or nous pouvons
démontrer aisément, à partir des moyens médicaux existants à l’Education
nationale et du nombre d’élèves concernés par
les missions prioritaires des médecins scolaires imposées par la loi,
que nous ne sommes pas du tout dans le scénario alarmiste de pénurie de
médecins pour assurer les priorités définies par la loi et de façon plus
restrictive par les indicateurs de la LOLF.
En revanche, la
dégradation continue des conditions de scolarité dans le système éducatif
doublée de l’évolution des besoins de santé des élèves imposent à l’Institution
Education nationale un renforcement des réponses spécifiques des infirmières
conseillères de santé et donc de la nécessité de leur présence sur des missions
spécifiques liées à la réussite scolaire des élèves.
Il faut savoir que depuis la rentrée 2010
plusieurs missions parlementaires se sont penchées sur le thème de « la
médecine scolaire » pour tenter de répondre à la question de l’utilité des
professionnels de santé à l’Ecole et pour faire quoi ? La cour des comptes
elle-même s’est aussi interrogée sur l’orientation de la santé à l’Ecole la
plus pertinente et sur l’opportunité d’une nouvelle vague de décentralisation…..
Présents dans ces auditions, le SNICS s’est
attaché à défendre, pied à pied, la place et le rôle des infirmières à partir
de leur spécificité et à les replacer à
partir des chiffres de l’Education nationale et des missions prioritaires des
personnels de santé. Il faut mesurer au passage l’importance de faire
apparaître plus que jamais le travail des infirmières au travers des
statistiques du cahier de l’infirmière. L’absence de confrontation des seuls indicateurs
de la LOLF avec une analyse des données du cahier de l’infirmière, donne une
vision tronquée de nos missions et ne
rend pas visible, aux yeux de ceux qui se penchent sur notre secteur,
l’importance de notre rôle au sein du système éducatif puisque seuls les
indicateurs de visites médicales sont pris véritablement en compte. Plus grave,
l’absence de réalisation à 100% des VA par les médecins scolaires rend le
discours sur la pénurie de médecins vraisemblable et la nécessité d’un transfert
de compétences par des pratiques avancées infirmières, une perspective crédible pour l’évolution de la profession !.....
II/ Infirmière
conseillère de santé à l’Education nationale: une spécialité, issue des
spécificités de la profession à l’Education nationale.
La
santé une condition indispensable à la réussite scolaire
L’infirmière conseillère de santé auprès des élèves et des
étudiants est tout d’abord un des
premiers acteurs de santé de proximité, choisi par le jeune. C’est donc un
interlocuteur privilégié.
Les missions de l’infirmière conseillère de santé supposent des
connaissances qui lui permettent d’analyser les demandes de la population
scolaire, d’évaluer les situations à risque et de prendre en compte les
situations complexes et singulières que sont celles des élèves du fait de
l’évolution constante de leur développement.
Au sein de l’éducation nationale les responsabilités
diagnostiques, relationnelles, éducatives et thérapeutiques des infirmières conseillères
en santé s’exercent dans le cadre d’une prise en
charge globale de l’élève afin de favoriser son intégration au milieu scolaire
et de favoriser sa réussite scolaire.
L’infirmière conseillère de santé exerce dans les établissements
d’enseignement public accueillant des élèves ou des étudiants. Elle exerce en
pleine autonomie et en pleine responsabilité, au sein de l’équipe éducative et
pédagogique, dans le respect de la déontologie et de l’éthique et sous autorité
hiérarchique du chef d’établissement. Ses missions auprès des élèves s’appuient
sur une notion qui est rappelé en préambule de la circulaire de la mission de
promotion de la santé en faveur des élèves de janvier 2001 : la santé est
une condition indispensable à la réussite scolaire.
Enfin, l’infirmière conseillère de santé doit pouvoir situer son
action dans le cadre des objectifs et des grands principes de l’éducation
nationale : l'égalité des chances pour
tous, le respect de la laïcité. Elle est
recrutée pour participe à la réussite des élèves et des étudiants et former de futurs
adultes et citoyens responsables. Actrice à part entière du système éducatif,
elle doit connaître le fonctionnement de
l'institution, identifier les différents métiers à l'Education Nationale et
leurs niveaux de responsabilité ainsi que le fonctionnement d'un établissement
et les différentes instances de
concertation et de décisions.
Alors que la deuxième cause
de mortalité des jeunes est le suicide, que 62 % des élèves expriment un stress
induit par l’école, le Ministre de
l’éducation nationale Mr Chatel rappelle devant l’assemblée nationale le 1er
février 2011 : «Que dans leurs
missions quotidiennes auprès des élèves, les infirmiers et infirmières sont
parties intégrantes de l’équipe éducative ; à ce titre, ils sont sans
conteste rattachés hiérarchiquement au chef d’établissement. Les infirmiers et
les infirmières doivent être attentifs à tous les élèves, et particulièrement à
ceux qui pourraient ne pas bénéficier, dans leur environnement social ou
familial, des attentions nécessaires à leur bon développement. Ils assurent là
un rôle essentiel au sein de la communauté éducative».
Au sein de l’équipe d’établissement, elle
agit à partir des demandes individuelles des élèves sur ce qui fait obstacle à
leur scolarité. Dans le même temps elle intervient sur la dimension collective
de ces demandes.
Deux exemples peuvent éclairer l’impact de
la santé sur l’élève, le groupe et la réussite scolaire. Si le plus souvent l’accent
est mis sur les problèmes de santé publique posés par l’évolution des
comportements, on oublie toujours les conséquences non négligeables sur la
scolarité
- Pourtant Xavier Pommereau rappelle, que 35% des adolescents
aujourd’hui présente des conduites addictives. C’est 2 fois plus qu’il y a
10 ans. Il ajoute que les 85% d’adolescents qui vont bien vont « d’autant mieux » que les 15%
qui « vont mal » sont
correctement pris en charge. Or, l’impact sur le groupe des difficultés
individuelles d’un élève est une préoccupation centrale chez l’infirmière
de l’Education nationale.
- Complètement absents de la réflexion sur
l’augmentation préoccupante des IVG et des grossesses non désirées chez
les élèves mineures, les effets sur la scolarité sont pourtant là aussi
bien réels. Non seulement sur l’adolescente directement concernée mais
également, le plus souvent, sur le petit groupe qui gravite autour d’elle.
Les infirmières le savent bien, les premiers interlocuteurs d’un jeune en
difficulté, c’est un autre jeune ! Or seul le volet santé publique
est retenu. Il a conduit d’ailleurs les pouvoirs publics à légiférer en
mettant l’accent prioritairement sur l’amélioration des réponses que
pouvaient apporter les infirmières de l’Education nationale. L’objet de
l’amendement proposé dans la loi HPST précisait la nécessité de leur
confier prioritairement la possibilité de renouveler sous
certaines conditions la contraception orale chez les mineures. Depuis, le
Pass Contraception qui vise à améliorer l’accès à la contraception s’étend
progressivement dans les régions et suppose là aussi une contribution
centrale de notre secteur.
Ces avancées réelles pour mieux répondent
aux besoins des élèves ne sont pas suffisantes pour rendre visibles leurs effets sur la réussite scolaire. Ceux contre
lesquels notre profession tente d’agir au quotidien par une prise en charge individuelle et collective au
sein d’une équipe pluriprofessionnelle et au service de la réussite scolaire de
TOUS les élèves. Cette spécificité de
l’exercice de notre profession à l’Education nationale est bien sûr aussi
présente dans les postes mixtes collège+ secteur de recrutement, lorsque
l’action de l’infirmière la conduit au suivi des élèves du secteur primaire
dans l’objectif d’une intégration réussie dans le collège.
Nous voyons bien que les données de santé
publique ne sont pas suffisantes pour rendre
compte des interactions avec la scolarité et nous savons déjà que ce
terrain laissé en friche, commence par la non prise en compte des statistiques
du cahier de l’infirmière. Il se poursuit par l’absence de formation
universitaire adossée à la recherche qui permettrait de mettre en lumière une
meilleure connaissance des phénomènes qui lient la santé des élèves et la
scolarité. Tout récemment, de nombreux articles ont été écrits sur le stress
des élèves et en particulier sur celui constaté parmi les élèves français (
voir chiffres rappelés ci-dessus). Il est regrettable, par exemple, que notre
profession soit privée de la capacité d’analyser ce phénomène à partir de sa
pratique au quotidien.
Depuis la massification du système éducatif,
les infirmières de l’Education nationale ont construit peu à peu leur place au
sein de l’équipe éducative et pédagogique. Elles ont suivi et tenté de répondre à partir
de leur professionnalité à l’évolution des besoins des élèves mais il est plus
que temps de leur donner les outils de
la connaissance universitaire au profit des pratiques qu’elles mettent en œuvre
en tant qu’infirmière conseillère de santé, spécialité de l’Education nationale.
C’est une condition indispensable pour qu’elles puissent prendre toute leur
place d’acteur de la réussite scolaire à
partir des besoins de santé exprimés. C’est pourquoi, nous continuerons à
poursuivre de toutes nos forces notre combat pour l’accès à un diplôme de
master pour les infirmières de l’Education nationale. Dans ce but nous devons
nous donner tous les moyens pour obtenir le niveau de formation requis pour une
véritable reconnaissance collective.
Des pratiques avancées pour une reconnaissance individuelle à
l’Education nationale par un grade de master ?
L’extension des
pratiques avancées dans les pays européens s’appuie principalement sur le transfert
de compétences dans le cadre d’une baisse de démographie médicale
Or, le
transfert de compétences qui repose sur l’argument d’une baisse de démographie
médicale, ne crée pas d’obligation en termes de formation pour l’Institution
Education nationale. En effet, l’article L.541-1 du code de l’Education nationale
stipule que tous les enfants dans leur 6ème,9ème,12ème
et 15ème années doivent avoir des examens médicaux. Les notions de
milieu scolaire, d’enseignement public ou privé en sont absentes. Il est bien
précisé l’enfant et non l’élève. Cet article rappelle également que ces visites
médicales obligatoires peuvent être faites par un médecin autre que le médecin scolaire.
Le
législateur a prévu depuis fort longtemps des locaux pour que les parents
puissent emmener leurs enfants pour ces visites médicales. Ce sont Les CMS, qui
doit permettre de réaliser ces visites même pendant les vacances. Ces CMS ne
dépendent pas du ministère de la santé ou de l’Education nationale, mais des
collectivités territoriales.
Rien
n’oblige dans ce cas à un lien permanent statutaire et hiérarchique, entre le
professionnel et l’Education nationale.
Un
infirmier libéral ou hospitalier pourrait donc passer la certification de ce
transfert de compétences et être embauché ou rémunéré à l’acte par un ou
plusieurs employeurs (Conseil général, Education nationale). Nous sommes dans
une reconnaissance individuelle d’une compétence qui s’inscrit dans une
démarche de service rendu dans le champ d’examens de santé légaux et
obligatoires qui n’ont pas une incidence directe et immédiate avec la réussite
scolaire.
Dans ce
cas le grade de master pourrait répondre à la formation du professionnel dans
le contexte décrit.
Ou une spécialité infirmière conseillère de santé à l’Education
nationale : une reconnaissance collective par un diplôme de master adossé à un statut particulier?
La spécificité de l’exercice
nécessite des contenus de formations universitaires qui répondent d’abord aux
besoins de l’Institution et ce pourquoi l’Education nationale recrute des
infirmières.
Elle repose sur l’évolution
de notre pratique actuelle et de notre décret de compétences
Elle
oblige d’abord à parler des missions non pas du professionnel mais de la
structure et ensuite d’analyser si pour ces missions, cette structure sur
l’ensemble du territoire a besoin de professionnels de manière constante et permanente.
Autrement dit définir si son absence ou
une présence non permanente empêche ou perturbe la mission première de
l’institution. Si oui, alors ce
professionnel doit être en lien statutaire permanent avec l’institution.
En ce qui
nous concerne, il nous faut définir en quoi notre soin est nécessaire dans le
cadre de la réussite scolaire des élèves, définir les besoins en compétences à
partir des besoins des ELEVES.
Ce
développement de connaissances à partir de celles acquises lors de la formation
initiale peut seule permettre de mettre en lien le niveau spécialité avec celui
d’infirmiers de soins généraux.
Ce choix
renvoie à une reconnaissance de tous les professionnels exerçant dans ce milieu
et donc interdit l’exercice ou le limite pour ceux qui ne possèdent pas cette
qualification. Nous sommes donc dans une reconnaissance collective qui peut
être dénommée spécialité reconnue par un diplôme de Master et non dans une reconnaissance de
qualification individuelle.
III/ Construction d’un master : grade ou diplôme ?
A l’origine de
l’universitarisation des études d’infirmières, le rapport Berland en 2002 avait
pour ambition une redéfinition des métiers de la santé qui « consiste à valoriser l’investissement
intellectuel aux dépens de l’acte technique et à tirer vers le haut chaque
profession…. pour se consacrer à son cœur
de métier… ». Si l’argumentation de ce rapport s’appuie
essentiellement sur la nécessité du transfert de tâches (qui ne correspond pas
à l’autonomie de l’exercice infirmier à l’éducation nationale en lien avec les
problématiques éducatives), nous pouvons reprendre à notre compte néanmoins son
souci de « tirer vers le haut chaque
profession…en tenant compte de
l’évolution des sciences et des
techniques.. ».
Aujourd’hui, les spécialités
de la profession infirmière (IADE- puericultrice- IBODE) sont en voie de
reconnaissance au grade de master, suite à l’intégration des études
d’infirmières au système LMD. Au SNICS, nous considérons que le grade n’apporte
pas toutes les garanties d’une reconnaissance collective de la profession et ne
permet pas les mobilités verticales et horizontales nécessaires pour répondre
aux évolutions des besoins de santé et promouvoir la profession. Enfin, le
grade ne conduit pas contrairement au diplôme à traduire dans la grille le
niveau de qualifications.
C’est pourquoi, en ce qui
concerne notre profession à l’Education nationale, nous avions reconnu dès le
congrès de Lille, la nécessité d’une formation d’adaptation à l’emploi validée
au niveau du diplôme de Master 2 ancrée dans une filière infirmière
universitaire.
Au sortir du congrès de
Lille, nous n’avions pas encore obtenu l’arbitrage sur le type de licence qui
serait accordée pour la profession infirmière dans le cadre de l’intégration
des études au système LMD. Les manifestations des infirmières de l’EN à l’appel
du SNICS, son action continue dans le collectif LMD pour défendre à tous les
niveaux une filière universitaire préparant à des diplômes de licence,master et
doctorat, ont conduit à décrocher le grade de licence pour la formation
initiale en écartant définitivement l’impasse de la licence professionnelle.
C’est cette élévation du niveau de la formation qui a permis la mise en œuvre des
décrets statutaire pour la catégorie A à la FPH mais, on le voit bien, elle n’a
pas permis sa traduction dans une grille de A type.
Aujourd’hui, nous sommes au
milieu du gué. Si nous avons franchit une étape décisive depuis 2008 grâce à
cette intégration des études d’infirmières au système LMD, le combat doit se
poursuivre pour faire aboutir notre revendication d’un diplôme de master pour
notre spécialité à l’Education nationale.
C’est pourquoi, ce mandat
reste lié à la construction d’une filière universitaire pour l’ensemble de la
profession. Il est indissociable de la relance de la plateforme LMD qui avait
pour objectif de créer un domaine de formation qui accueillerait les diplômes
de master pour la profession, dont le notre.
Nous ne pouvons ignorer que
le diplôme de master s’appuie sur un
diplôme de licence, (condition nécessaire par ailleurs pour faire avancer
notre revendication d’une grille de A type). C’est une garantie pour le niveau
de formation et pour une reconnaissance collective :
En effet le décret n°
2002-481 du 8 avril 2002 relatif aux grades, titres universitaires et aux
diplômes nationaux fixe les règles de délivrance de ces grades, titres et
diplômes nationaux par les établissements d’enseignement supérieur. Ce décret
rappelle que les contraintes réglementaires sont différentes et la
reconnaissance et les droits qui y sont liés sont également différents. Le
diplôme a une reconnaissance supérieure au grade et aux titres. Le diplôme
donne droit au grade et au titre. L’inverse n’est PAS AUTOMATIQUE. L’article 2
du décret précise : « Les
diplômes nationaux sanctionnent chaque étape du déroulement des études
supérieur dans un domaine de formation particulier mentionné dans l’intitulé du
diplôme. Ils confèrent les mêmes droits à tous les titulaires, quels que soient
les établissements qui les ont délivrés et les modes d’acquisition. »
Aussi, nous ne pouvons nous
embourber dans une revendication d’un grade de master qui n’offre pas du tout
les mêmes garanties. En outre, les revendications de la plateforme LMD
revendiquant un diplôme pour le L, le M et le D reste toujours d’actualité. En
effet, l’article 5 de l’arrêté du 27 avril 2002 instituant le Master mentionne
que : « pour être inscrits dans
les formations conduisant au diplôme de master, les étudiants doivent
justifier :
-
Soit
d’un diplôme national conférant le grade de licence dans un domaine compatible
avec celui du diplôme national de master (reconnaissance automatique à partir
du diplôme de licence)
-
Soit
d’une des validations prévues aux articles L.613-3, L.613-4, L.613-5 du code de
l’éducation »(reconnaissance subordonnée à l’étude
individuelle d’un dossier)
Infirmières de pratiques avancées ou infirmières conseillère de
santé, une spécialité qui s’exerce à l’Education nationale ?
En conclusion,
pour le SNICS, il était essentiel d’explorer à l’occasion de ce congrès, les 2
pistes qui se dessinent dans le cadre de la réflexion sur nos missions. Il est
clair que les orientations qui seront prises sur la santé à l’Ecole et sur le
rôle qui sera reconnu à l’infirmière conseillère de santé, auront des
conséquences sur l’évolution et la place de notre profession dans le système
éducatif. Nous ne doutons pas de l’attachement des infirmières de l’Education
nationale à des missions ancrées dans l’Institution et de leur volonté de
préserver leur autonomie ni de leur aspiration à voir se réaliser une élévation du niveau de formation par un
diplôme de master2. Elles l’ont montré massivement à plusieurs reprises dans
les manifestations que nous avons organisées cette année. Pour cela nous
devrons encore mener des batailles tout(e)s ensemble pour une véritable
reconnaissance de la profession à l’Education nationale par une spécialité au
service de tous les élèves de la maternelle à l’université.
Texte adopté par 95 voix pour, 0 voix contre, 6 abstentions et 0 refus de vote.
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