(...) Suite aux décisions d'élargissement du congrès de
Perpignan, le SNICS a également, lors de son congrès, élargi son champ aux
autres fonctions publiques. La stratégie que nous avons retenue a été de
sensibiliser nos collègues hospitalières à notre plateforme syndicale par la
diffusion militante de publications spécifiques que nous avons éditées. Ainsi
les militants du SNICS sont allés dans les hôpitaux de Paris, Marseille, Poitiers,
Nancy, Rennes... Nous ne pouvions d'emblée aller vers une démarche pure de
syndicalisation compte tenu de l'extrême réticence de nos collègues
hospitalières face aux syndicats.
Il est important de rappeler que moins de 5%
des infirmières de la
Fonction Publique Hospitalière sont syndiquées toutes
centrales confondues. Ce rejet du syndicalisme notamment lorsqu'il est
multicatégoriel, n'est pas le reflet d'un corporatisme exacerbé mais d'une
profonde aspiration identitaire et de fortes craintes de ne pas voir les
revendications infirmières prises en compte. Même si nous le regrettons, nous
pouvons le comprendre puisque dans le champ particulier de l'éducation
nationale, une aspiration identique existe pour d'autres catégories de
personnels dont les syndicats majoritaires ont construit avec succès la FSU. Je veux parler des
enseignants qui pour la défense et la promotion du seul métier d'enseignant, ont
construit des syndicats spécifiques : SNES, SNEP, SNESup, SNUEP, SNUIPP...
Ceci dit, cette phase militante de diffusion et de rencontre
avec nos collègues hospitalières n'a pas été effectuée partout loin s'en faut car
elle est consommatrice de moyens tant humains que financiers. Cela n'a pourtant
pas entamé notre détermination à poursuivre ce travail d'approche et de
communication, puisque nous venons d'entamer pour 2007, une démarche de
syndicalisation et espérons constituer des listes pour pouvoir être présents
aux prochaines élections professionnelles dans ce secteur. Ce chantier étant
vaste, toute aide serait la bienvenue notamment des Sections Départementales de
la FSU car ce
travail demande une grande énergie notamment pour expliquer tout ce que le
syndicalisme pourrait apporter à une profession en très grande difficulté.
L'absence d'un syndicalisme fort dans ce secteur a conduit
très récemment au vote par l'assemblée nationale et le sénat de la création
d'un ordre infirmier. Cet ordre, rejeté par l'ensemble des confédérations
syndicales mais réclamé par les multiples associations infirmières, consacre la
défaite du mouvement syndical chez les infirmières notamment hospitalières. Dès
la parution des décrets, la profession, quel que soit son secteur d'activité,
va ainsi être dans l'obligation de débourser annuellement 300€ pour pouvoir
exercer. Elle aura aussi le privilège de bénéficier d'un deuxième régime
disciplinaire en sus de celui de son employeur, ce que les défenseurs de l'ordre,
se sont bien gardés d'expliquer à la profession... Profession qui mise à tort sur
cet ordre pour faire entendre la parole infirmière que les politiques et les
grandes organisations syndicales ignorent la plupart du temps.
Pourtant, de même qu'il n'apparaît pas imaginable et surtout
aberrant de parler d'éducation sans entendre la parole des enseignants, il l'est
tout autant d'entendre évoquer la santé sans entendre la parole des infirmières
qui sont en nombre, les premiers professionnels de santé dans notre pays avec
plus de 460°000 infirmières au service de la population. Une profession très attachée
à la qualité des soins qu'elle dispense et qui à ce titre, refuse d'entériner
tout recul dans la qualité des soins infirmiers. Des soins qui nécessitent du
temps pour leur mise en œuvre ainsi qu'une longue formation initiale que les
politiques veulent faire régresser car elle coûte trop cher.
La discussion sur le contenu d'un diplôme quel qu'il soit va
de pair avec un débat sur le diplôme lui-même. Le diplôme d'état d'infirmière
n'échappe pas à cette règle d'autant que les connaissances à acquérir pour y
parvenir se sont régulièrement renforcées au fur et à mesure de l'évolution des
sciences et des techniques et de l'élargissement du champ d'activités de cette
profession. De 24 mois d'études il y a 30 ans, la formation est à présent de 39
mois. A qui pourra-t-on faire croire qu'amputer les études d'infirmière
représente un progrès pour les soins qui seront prodigués par les
professionnels ainsi formés ? Si l'on décide de réduire le niveau
d'exigences et les connaissances notamment pour soigner des personnes âgées,
cela signifie qu'il y aura des malades déclassés et des malades plus
importants. On fabriquerait des infirmières qualifiées en soins post
opératoires et d'autres sous qualifiées pour les vieux, en un mot « une
politique qui a abandonné l'ambition de la santé pour tous comme l'a souligné
tout à l'heure Gérard Aschieri dans son discours d'ouverture du congrès
concernant la réussite.
Nous devons combattre cette orientation rétrograde présentée
comme une avancée. Et dans le même sens, nous devons exiger que la formation de
l'ensemble des professionnels de santé continue à se faire sans être
déconnectée des lieux de soins et de recherche en matière de santé afin que les
découvertes et les avancées majeures ayant lieu dans les thérapeutiques à
mettre en œuvre soient constamment associées à ces études. Toute formation
déconnectée de ces réalités n'aurait aucun sens et serait potentiellement
dangereuse pour la qualité de la santé publique. C'est ce qui justifie la
proximité des instituts de formation en soins infirmiers avec les hôpitaux et
plus particulièrement les CHU. Et c'est ce qui fonde la revendication du SNICS,
partagée par la grande majorité de notre profession tous secteurs confondus, de
voir le système universitaire au sein de ces mêmes CHU avoir la pleine responsabilité
de la formation des infirmières.
Nous vivons une époque de régression à tous points de vue et
la santé n'échappe pas à cette politique. C'est pourquoi dans ce domaine comme
dans ceux de la justice, de l'éducation, de l'emploi, et bien d'autres encore, il
reste au syndicalisme à se battre pour résister et convaincre, mais aussi gagner.