L'historique du SNICS

 

 

 

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Durant les années qui précédent la création du SNICS en 1993, le SNIES/FEN est l’organisation syndicale représentative de la profession infirmière. C’est aussi l’époque où la Fédération de l’Éducation nationale (FEN) envisage la constitution d’une grande confédération réunissant les organisations syndicales « modérées » pour faire contre poids à la CGT. Mais ce projet d’union se heurte à l’opposition interne de certains syndicats de la FEN [SNES (profs des lycées et collèges), SNEP (profs d’EPS), SNETAA (profs des LP)...] qui refusent une restructuration interne de la FEN « en branches » qui vise à neutraliser l’expression de certains syndicats et de certaines tendances minoritaires.

Malgré une opposition qui s’amplifie, malgré les interrogations et les inquiétudes ressenties par de nombreux syndiqués, la direction de la FEN, après avoir limogé son secrétaire général Yannick SIMBRON, choisira de passer en force et d’exclure les syndicats en désaccord avec ses objectifs.

Tout au long de cette période, la direction du SNIES/FEN malgré quelques réticences de façade au projet des nouveaux statuts de la FEN, accompagnera l’enchaînement qui a conduit à l’éclatement de la Fédération de l’Éducation nationale. Le SNIES sera également contre la volonté de ses syndiqué(e)s, placé dans une union « éducation et encadrement » avec notamment les 25000 adhérents du SNAEN (TOS) et les 7 500 adhérents du SNAU (personnels administratifs), alors que ses adhérentes infirmières s’étaient prononcées pour une union « Vie Scolaire » les rapprochant des personnels d’éducation. En effet, compte tenu de la spécificité de notre travail et de nos revendications infirmières mais aussi de la taille de notre syndicat numériquement faible eu égard au petit nombre d’emplois d’infirmières à l’Éducation nationale, nous ne pouvions accepter d’être noyées dans une union où nos revendications spécifiques seraient étouffées par les revendications tout aussi légitimes des agents et des administratifs qui étaient quant à eux bien plus nombreux.

Par ailleurs avec l’exclusion des syndiqués du SNES et du SNEP, nos partenaires au quotidien des collèges et lycées, et l’intention de nombreux syndicats de quitter la FEN pour créer une autre fédération, cet éclatement signifiait bien autre chose que le simple départ de quelques opposants au fonctionnement de la fédération, comme on tentait de nous le présenter. Cet éclatement était en fait le résultat de l’hégémonie d’un syndicat, le SNI-PEGC (Syndicat National des Instituteurs et des PEGC), mais surtout d’une tendance, l’UID (Unité Indépendance et Démocratie) qui souhaitaient continuer à écarter systématiquement le point de vue des minorités et à imposer leur forme de syndicalisme et leurs intérêts à l’ensemble des composantes de la FEN créant ainsi une situation d’inégalité préjudiciable à l’audience et à l’activité des autres syndicats de la fédération.

 


 

1. Confrontation entre deux conceptions du syndicalisme

Il s’agissait en fait de la confrontation entre deux conceptions du syndicalisme. Pour la tendance UID qui dirigeait la FEN, le but de l’activité syndicale avait toujours été de jouer un rôle de « régulation sociale » au sein d’une société dont les fondements n’étaient pas remis en cause autrement que parfois dans les mots. On recherchait donc, non la satisfaction complète des revendications, mais des « compromis acceptables» avec les gouvernements quels qu’ils soient. Cela entraînait une méfiance constante à l’égard de l’action à la base, qui aurait pu « conduire trop loin»... Cela faisait aussi que, plus on était « proche» du gouvernement en place, moins on voulait le gêner, plus les compromis se faisaient « au rabais ». Au congrès de la FEN de Lille en 1985, UID avait formalisé ce comportement par ce qui avait été appelé la « théorie de la marge»: le gouvernement est pris dans un ensemble de contraintes mondiales, sa marge de manoeuvre est étroite, pour ne pas le mettre en péril nous devons inscrire nos revendications dans cette marge et ne revendiquer que ce qu’il est « possible » de nous donner ! On comprend que cette théorie ait été nécessairement accompagnée d’un autoritarisme renforcé au sein de la FEN et des syndicats à direction UID, pour contrôler du sommet syndicats et syndiqués. Autoritarisme accompagné d’un dénigrement constant des « irresponsables» qui avançaient des revendications « excessives » et « démagogiques».

 


 

2. Qu’est-ce que le possible ? Qui définit le possible?

Et c’est là qu’était en effet le véritable débat de fond : qu’est-ce que le possible ? Qui définit le possible? C’est la revendication et l’action qui élargissent le champ du possible et non un possible défini par d’autres, en fonction de leurs intérêts, qui limite la revendication ! Mais cette conception qui au départ ne bride aucune revendication a priori, induit forcément un fonctionnement exactement inverse à celui de la tendance UID. Aux personnels d’exprimer ce qu’ils ressentent, ce qu’ils veulent, ce qu’ils revendiquent : à leur syndicat de prendre cela en charge et d’organiser l’action en conséquence. « Oui mais, disait UID, les revendications peuvent être contradictoires ». Et c’est vrai que, même à l’intérieur d’une seule catégorie, elles ne forment pas d’emblée un tout cohérent. Mais le rôle du syndicat est-il alors de faire le tri entre « bonnes» et « mauvaises» revendications, de défendre les unes et d’interdire les autres ou de confronter les points de vue pour les rapprocher et d’organiser les convergences. L’expérience a montré que, lorsque cette dernière pratique était mise en oeuvre, les intérêts communs l’emportaient largement sur les divergences. L’organisation syndicale « au sommet» dispose alors d’une plateforme revendicative largement consensuelle sur laquelle elle peut mener l’action, tout en s’attachant à « traiter» et à réduire les divergences qui demeurent. Au fonctionnement UID du haut vers le bas, les minorités opposaient le mouvement ascensionnel qui, partant des aspirations individuelles, les récolte, les regroupe, les met en cohérence et fait des responsables syndicaux, à tous les niveaux, de véritables « porte-parole » au vrai sens du terme.

 


 

3. La place des infirmières était-elle toujours à la FEN et à quelles conditions?

Le 13 janvier 1993, les représentants infirmiers des académies d’Aix-Marseille, Besançon, Grenoble, Lille, Nancy-Metz, Rennes, de nombreuses secrétaires départementales ainsi que des responsables des EREA et de l’enseignement agricole public signent une lettre destinée à Monique FRIN, secrétaire générale du SNIES/FEN. Ils demandent l’avancement du congrès SNIES prévu en juillet 1993 ou un congrès extraordinaire au cours duquel les militants mandatés se prononceraient pour ou contre l’exclusion du SNES et du SNEP après l’organisation d’une consultation large et ouverte permettant à la totalité des syndiquées de s’exprimer. Cette proposition sera rejetée par le conseil syndical du SNIES des 11 & 12 février 93 bien que les académies de Bordeaux et Dijon se soient ralliées à la proposition de consultation de tous les adhérents et à l’avancement du congrès. Il n’y a donc plus d’espoir et rien à attendre d’un syndicat aux ordres de sa fédération. Une fédération qui impose ses décisions au SNIES, négocie à sa place et ne s’est pas battue pour « ses» infirmières que ce soit pour des créations de postes, sur les redéploiements ou sur la circulaire du 24 juin 91 publiée contre l’avis de la profession. De même, le CII, sorte de catégorie B+ du protocole Durafour de 1990, a instauré un classement indiciaire intermédiaire dans la grille de la fonction publique pour certaines professions dont les infirmières. Cependant parmi toutes les professions qui pouvaient y prétendre, la FEN a accepté que les infirmières de l’Éducation nationale soient les plus mal loties... Un protocole qui va peser lourd pendant des années en termes d’évolution de carrière. C’est ainsi que le SNIES/FEN [devenu par la suite le SNIES/UNSA] impose la scission à celles et ceux qui veulent une forme de syndicalisme qui prenne véritablement en main le devenir de leurs revendications professionnelles pour les faire aboutir.

 


 

II. - Naissance du SNICS

Brigitte Le Chevert, alors secrétaire académique de Rennes et forte de l’appui d’une cinquantaine de responsables militant(e)s, donne l’impulsion nécessaire à la création d’un nouveau syndicat d’infirmières à l’Éducation nationale. Des contacts sont pris avec les organisations lire la suite