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COVID-19 - LES INFIRMIER.ES DE L'ÉDUCATION NATIONALE DANS L'ACTION.

Témoignages des Infirmier.es de la Seine-Saint-Denis - 93


Cela fait 17 ans pour l’une et 12 ans pour l’autre que nous avons fait le choix d'exercer notre métier dans le cadre particulier de l’Éducation nationale.

Depuis le 16 mars 2020 et la pandémie du covid19, comme beaucoup de professionnel.les, nous avons dû nous adapter et revoir, repenser notre manière de travailler en télétravail afin de répondre aux besoins des élèves.

Nous nous sommes interrogées sur la manière de mettre en pratique nos missions et le suivi des élèves.

Dans un premier temps, nous avions le sentiment de ne pouvoir répondre aux élèves et aux familles que nous suivions. Rapidement, il nous a paru important d’assurer la continuité du suivi de la santé des élèves au même titre que la continuité pédagogique particulièrement face aux nouvelles difficultés qui allaient apparaître avec le confinement. La continuité sanitaire devait se mettre en place, en accord et en partenariat avec notre chef d’établissement.

Une première information a été adressée à l’ensemble des élèves du collège et de leurs familles concernant des conseils à suivre pendant le confinement, sur des thématiques diverses telles que le sommeil, les écrans, le rythme de vie, l’alimentation et la relaxation.

En constatant, lors des échanges avec la direction que plusieurs élèves n’étaient pas joignables par les professeurs ou ne rendaient pas le travail demandé, nous avons commencé le suivi à distance de manière plus accrue.

Nous avons élargi notre champ d'action aux élèves que nous suivions régulièrement (PAI, MDPH) ou ceux qui risquaient de vivre plus mal que les autres le confinement du fait de leur situation (hôtel social, violences intrafamiliales-supposées ou avérées-…)

Loin des supports et du logiciel Sagesse que nous utilisons au collège, nous avons pu grâce à notre ancrage sur le terrain, notre connaissance du public, le téléphone professionnel et les espaces numériques de travail, exercer à distance et mettre en pratique, notre rôle de conseillère en santé.

Devant l’accueil très chaleureux des familles et des élèves, nous avons continué le suivi d’autres élèves pour qui des inquiétudes étaient relevées par l’équipe de direction et l’équipe pédagogique.

Nous avons pu, grâce à nos contacts dans les réseaux locaux solidaires, aider des familles en grande difficulté financière en leur faisant parvenir des colis alimentaires, avec leur accord, en attendant que des aides financières par le fond social soit débloquées.

Nous avons également, mais plus difficilement, organisé le suivi des élèves du premier degré. Le contact avec les directeurs d’école a néanmoins permis un suivi à minima.

Nous échangeons également régulièrement avec nos collègues infirmier.es et l’équipe pédagogique et éducative.

Le télétravail est très chronophage et épuisant mais assez satisfaisant au regard des circonstances et des conditions.

Nos missions sont certes pratiquées de façon particulière en cette période de confinement, mais notre engagement, lui, est intact et le bien être des élèves et de leurs familles restent nos priorités.

Deux infirmières affectées en collège classé REP et secteur de rattachement.
Dans la presse, on peut lire que les inspecteurs d’académie, les personnels de direction … sont inquiets et s’interrogent sur leur responsabilité individuelle dans la mise en œuvre d’une réouverture de l’École le 11 mai. Ils posent la question de la responsabilité pénale et de la protection juridique suite à la reprise des cours.

La question est légitime : Responsabilité individuelle engagée en cas de non-respect des normes sanitaires ou désobéissance en cas de refus d’ouverture d’un établissement.

Je dis « bienvenue au Club »

Pour l’infirmier.e  de l’Éducation nationale, cette question de responsabilité pénale est une réalité quotidienne. Chaque jour lorsque l’infirmier.e ouvre la porte de l’infirmerie et réalise un soin, sa responsabilité pénale peut être engagée.  Elle se pose également pendant le confinement.  La continuité pédagogique a été organisée mais la continuité en santé des élèves s’est révélée inexistante au sein de notre institution. Sans cadrage ministériel ou académique, laisse.e seul.e face à ses responsabilités professionnelle et pénale, l’infirmier.e a dû organiser et mettre en œuvre seul.e, le suivi en santé des élèves.

Étant militante, la question de la responsabilité pénale est au cœur des débats lorsque les autorités administratives prennent des décisions pouvant engager les responsabilités professionnelle et pénale de l’infirmier.e (suppressions de postes, redéploiement, manque de matériel )…autant de  décisions qui placent  l’infirmier.e dans une situation de danger.

 Le Silence est alors assourdissant !

Ceux qui craignent pour leur responsabilité individuelle aujourd’hui étaient sourds pour la responsabilité individuelle de l’infirmier.e hier !

C.
Depuis le 14 mars, nous sommes tous-tes inondé.es par des mails qui, selon moi, disent tout et son contraire et parfois pas grand-chose !

Nous avons reçu un énième message du rectorat que vous trouverez en copie ci-dessous.

Message du président de l’ANMDA :
« Vous trouverez la liste détaillée des MDA sur tout le territoire national ayant organisé au moins une permanence téléphonique afin de répondre aux adolescents et leurs familles cherchant aide et soutien. Les réponses apportées par les MDA sont celles d'une équipe pluridisciplinaire (médico-psycho-sociale) qui continue de fonctionner ensemble. Les réponses aux demandes peuvent être immédiates par exemple pour un besoin d'écoute ou de conseil simple, mais aussi répétées si un suivi de situation est nécessaire ou même différées lorsque les demandes sont complexes et nécessitent concertation en interne ou chez nos partenaires locaux.
 Nous avons privilégié une réponse locale coordonnée et étendue à tout le territoire plutôt que la création d'une ligne unique nationale. Une réponse unique nationale aurait l'avantage de la simplicité une fois en place, mais nécessite une organisation technique et surtout des outils et une expérience pour les relais locaux difficile à rendre immédiatement opérationnelle. Une réponse de proximité articulée avec les dispositifs de soins locaux nous semble appropriée à condition que le territoire soit couvert et que les lignes téléphoniques ressources soient connues. »

Je suis particulièrement agacée par celui-là car je trouve qu'on se moque de nous !

On nous demande de nous inscrire sur la liste de la réserve sanitaire, on nous dit qu'il faut se porter volontaires pour aller aider dans les EPHAD...

Et aussi que des structures comme les MDA peuvent, grâce à leurs équipes pluriprofessionnelles, répondre aux questions de "nos" élèves, de leurs familles.

Mais je crois que tout le monde a oublié notre spécialité ! La santé à l’École.

Pourquoi devrait-on maintenir la continuité pédagogique et mettre de côté la continuité de la santé de nos élèves et de leurs familles durant le confinement !

A-t-on oublié que la promotion de la santé en faveur des élèves est aussi composée de professionnel.les qui connaissent les élèves et leurs familles ?

Notre circulaire de missions de 2015 précise que nous nous sommes aussi acteurs-trices de "la réussite des élèves".
Nous devons "Détecter précocement les difficultés susceptibles d'entraver leur scolarité".

Nous devons "Lutter contre les inégalités". Celles-là mêmes qui sont depuis quelques temps bien mises en évidence avec le nombre de personnes atteintes en Seine-Saint-Denis et les disparités liées à leurs situations sociales souvent précaires, que nous connaissons.

Nous devons "Préparer les élèves au plein exercice de la citoyenneté", en nous assurant qu'ils-elles respectent bien le confinement et ont compris les raisons de cette consigne.

"Accueillir, écouter prévenir", n'est-ce pas là le cœur de notre métier ?
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