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COVID-19 - LES INFIRMIER.ES DE L'ÉDUCATION NATIONALE DANS L'ACTION.

Témoignages des Infirmier.es de la Seine-Maritime - 76


Depuis la mise en place du confinement, j’ai rapidement été sollicitée par l’équipe pédagogique du collège qui s’inquiétait du silence de certains élèves lors de leurs sollicitations téléphoniques. J’ai donc parfois pris le relais pour contacter ces élèves et/ou leurs familles.

J’ai rapidement envoyé un mail à toutes les directions d’écoles primaires de mon secteur leur proposant mon aide et des conseils techniques en cas d’accueil d’enfants de personnels mobilisés.

Dès la 2ème semaine de confinement, une classe virtuelle avec une trentaine de collègues a été organisée par la direction, à laquelle j’ai été invitée. Bien que ce temps plutôt pédagogique ne relève pas directement de mes missions, cela m’a permis de rappeler à toute l’équipe que je pouvais proposer de l’écoute et du soutien pour nos élèves et leurs familles. Dès le lendemain, les premières demandes sont arrivées. Cette classe virtuelle est réitérée chaque semaine.

Nous avons également décidé de maintenir notre commission de suivi hebdomadaire, virtuelle, cette fois afin d’organiser le suivi des élèves en difficultés ou dont les nouvelles restent rares, en équipe pluridisciplinaire (direction et direction de SEGPA, CPE, assistante sociale, infirmière).

J’ai installé Pronote sur mon ordinateur personnel afin de gagner en autonomie et avoir accès aux coordonnées des familles. A ce jour, je téléphone en moyenne à 4 ou 5 élèves par jour (téléphone personnel que j’utilise en numéro masqué, donc appels à répéter presque systématiquement quelques minutes après un premier message) mais aussi de nombreux collègues qui me demandent des conseils techniques et préfèrent téléphoner plutôt que passer la voie numérique. Les adultes peuvent également se montrer angoissés et demander une écoute bienveillante.
Parfois, un simple appel suffit et cela permet de passer le message à l’élève que je suis disponible (je vérifie avec lui qu’il sait me contacter par mail), pour d’autres, un suivi se met en place avec rdv téléphoniques hebdomadaires ou davantage si besoin, pour d’autres encore, un relais vers des structures spécialisées est nécessaire.

Pour certains élèves, cela me permet de relayer des informations, avec leur autorisation, bien entendu, qu’il est important de communiquer aux équipes pédagogiques. Par exemple, un élève qui semble ne pas travailler, ne s’est pas connecté dans le cadre de la continuité pédagogique alors que sa mère sort de 3 semaines de réanimation. Ce qui démontre que l’on ne peut pas taxer cet élève de mauvaise volonté et que les circonstances expliquent son silence. Les familles ne pensent pas toujours à prévenir l’établissement scolaire d’une telle situation et c’est plus facile de le dire à l’infirmière.

Concernant nos élèves relavant du champ du handicap, j’ai planifié des appels réguliers afin de maintenir le lien et les soutenir.

Notre rôle, en ce temps de confinement très anxiogène, est très important au sein de l’établissement et nos missions auprès des élèves et de leurs familles prennent tout leur sens en tant que personne-ressource identifiée et aidante.

A.G, Infirmière en Collège.
Continuité des missions infirmières pendant le confinement

Dès le début du confinement, avant le départ, j'ai vérifié que les chefs d'établissement, et CPE avaient mes coordonnées téléphoniques personnelles.

Appels téléphoniques vers le proviseur adjoint afin d'obtenir ce qui m'était indispensable pour le télétravail ainsi que tous les 2 à 3 jours pour évoquer une situation particulière d'élève, demande de communication vers les élèves, parents etc…

Conseils techniques vers les proviseurs :
  • Fourniture de gel hydroalcoolique (en fonction du petit stock obtenu) aux personnes devant travailler au lycée ;
  • Thermomètre + désinfectant + paracétamol : laissé au proviseur, en cas de besoin, si une personne présente avait des symptômes avec la conduite à tenir et qui appeler ;
  • Conduite à tenir si un personnel signalait un Covid après le confinement
Conseils techniques vers le gestionnaire :
  • Demande à l’intendance que des lingettes désinfectantes soient fournies aux personnels restant présents pendant le confinement ;
  • Commandes de stocks de gel hydroalcooliques pour anticiper le déconfinement.
Communication vers les structures spécialisées extérieures :


Appel dès les 1ers jours de confinement des structures spécialisées, comme la MDA, la consultation jeune consommateur, le 119 afin que je sache comment travailler avec eux si besoin.
Puis, comme tous les jours de l'année... mail aux professionnels (centre autisme, psychologues … ) qui suivent les jeunes afin d'échanger par téléphone ensuite sur les situations avec l'accord du jeune.

Communication vers tous les élèves mise sur l’ENT par proviseur adjoint :

Conseils de structuration/organisation des journées confinées avec de l’activité scolaire mais aussi du nécessaire maintien de la bonne santé qu’elle soit physique et psychologique (activités sportives, danse, musique, dessin, lecture…) visant à maintenir l’homéostasie des lycéens.
Conseils pour le travail sur écrans pour éviter céphalées et troubles musculo-squelettiques.
Conseils des gestes barrières même à domicile avec la façon de procéder au lavage de mains (j’avais observé pendant les 15 jours de scolarité que la grande majorité des élèves passant à l’infirmerie et que je sollicitais pour se laver les mains avant de s’asseoir ne savaient pas le faire correctement).
Conduite à tenir suivant le site de l’ARS en cas de symptômes – Qui appeler ? Ne pas se déplacer chez médecin ou urgences directement – Puis procédures de prise en charge dans la région normande.
Rappel du numéro vert Covid.

Travail en partenariat avec les documentalistes :

Création dans Esidoc d’une rubrique « les conseils de l’infirmière » comportant 2 onglets l’un sur le confinement et l’autre sur des conseils de prévention plus globaux.
J'y ai posté des liens concernant pendant la période de confinement, les IVG, accès contraception, violences familiales, le 119, les CEGIDD, fil santé jeune, psy.com pour une bonne santé mentale en étant confiné, cybercriminalité...vers les ARS, vers France Inter et Christophe André pour de la méditation.
Tous ces liens sont complétés par les profs documentalistes avec leur réseau habituel.
Contacts élèves et parents :

En parallèle, j'ai pris contact par mail avec les lycéens que je connaissais comme fragiles ou à besoins particuliers (2 suites de prise de contraception d'urgence, suivi habituel psychologique interrompu, handicap...). Aussitôt, certains m'ont donné leur numéro de téléphone afin que je les appelle (téléphone perso anonymé), disant que c’était plus facile que par mail.
Certains élèves m'ont spontanément mis des mails de contact pour me demander de l'aide.
Suite à certains appels vers les lycéens, j'ai ensuite contacté les parents comme je le faisais à l'infirmerie.
Les élèves en situations de handicap sont très impactés par la situation actuelle.
Pour d'autres, je contactais par mail la MDA pour que les soignants puissent prendre contact avec le jeune en cours de suivi, interrompu, de façon plus rapide ; ce qui a été fait pour chaque jeune signalé.

Communication vers les parents (donné pour accord au proviseur), envoyé à tous les parents par l'ENT, les informant que je pouvais être sollicitée, et en leur fournissant des informations (maison de l'ado, consult jeune conso etc), des informations concernant la santé qui pouvaient leur être utiles, des liens Internet d'information, et les coordonnées concernant un soutien parentalité de l’école des parents pendant le confinement.

Vers les enseignants :
  • Dès la sortie de l'attestation de sortie, envoi vers le secrétariat de direction, en demandant qu'elle soit transmise aux personnels ;
  • Sollicitation par les profs EPS dès le 18/03 afin de réaliser/compléter un emploi du temps donné aux élèves rythmant leur journée avec du travail scolaire, de l’activité physique et du lien entre les amis, familles… Cet EDT « type » n’a pas été utilisé par tous mais certains s'en inspirent (confirmation lorsque je les ai au téléphone) ;
  • Dès le 17/03, sollicitation par un prof principal pour un conseil de classe ;
  • Communication vers tous les profs le 27/03, après leur avoir laissé le temps de l'organisation des cours à distance, en leur précisant que je restais disponible comme d'habitude, que j'avais des contacts avec certains élèves, que l'égalité des chances était très mise à mal au vu des conditions de notre population d'élèves, que je pouvais travailler avec la maison des ados, que le 119 restait actif, et leur donnait la CAT en cas de suspicion de Covid, car certains collègues m'avaient contactée pour des symptômes personnels. (certains m'ont répondu, mais l'objectif n'était pas là, juste rappeler que je pouvais intervenir) ;
  • Profs principaux : j’ai sollicité les profs principaux afin d’être intégrée dans les envois de bilans de classe afin que j’ai des informations sur les lycéens que je connaissais – Certains l’ont fait, d’autres pas ;
  • Communications téléphoniques ou mails sur certaines situations d’élèves afin que j’intervienne ;
  • Lors de contacts élèves : communication IDE vers prof principal ou prof de la matière concernée pour information (souvent lié à la quantité de travail et l'état psychologique ou physique), lien vers 1 prof EPS pour inaptitude qu’une élève n’a pas pu fournir avant confinement provoquant des inquiétudes ;
  • Nouveau mail aux profs qui commencent à s’organiser et retours plus nombreux sur des situations à voir avec les élèves ou les parents
M - Infirmière en Lycée.
Le 1e avril, une de nos élèves s'est défenestrée. J'ai appris la nouvelle le soir tard par un lien personnel.

Le matin du 2, dès 8h, j'ai contacté le chef d'établissement pour l'informer du décès. J'ai également contacté ma collègue infirmière (nous sommes 2 en poste) ainsi que l'assistante sociale. Il a fallu annoncer aux collègues cette terrible nouvelle.... Elle était bien connue de l'infirmerie...

Le chef d'établissement s’est alors chargé de contacter le rectorat, après vérification de l'identité de la jeune. Avec le chef des travaux, nous avons organisé une plateforme visio pour pouvoir accueillir les élèves qui en auraient besoin, en cellule d'écoute à distance. Nous avions malheureusement l'habitude de gérer ces situations : nous avons eu depuis 4 ans plusieurs décès d'élèves et un d'un collègue.

Nous avions convenu, en lien avec le chef d'établissement, de prévoir des créneaux de ¾ d'heure, avec 2 adultes écoutants, et 4 élèves maxi pour faciliter les échanges.

L'après-midi était consacrée à cela. Tout était calé...jusqu'à ce coup de fil du rectorat, qui souhaitait « prendre la main sur la cellule », malgré l'assurance de la part du chef d'établissement que la ressource interne était suffisante.

Comment les élèves allaient-ils confier leurs peines et leurs maux à des inconnus ?

En attendant les directives du rectorat, nous avons décidé de prendre les devants et de contacter directement les élèves que nous savions proches de la jeune. Nous avons passé plusieurs coups de téléphone, et bien nous en a pris, car le rectorat a finalement fait machine arrière, et nous a laissé la main, jugeant que nous avions la capacité de le faire...
Les échanges avec les élèves ont été difficiles, ils étaient beaucoup dans l'émotion, et la distance n'a pas été simple à gérer, mais globalement ces appels ont permis de poser des mots sur ce drame terrible.

Nous aurions souhaité que l'information du décès passe à tous les lycéen.nes, car elle était redoublante et s'est suicidée dans un quartier où résident de nombreux élèves...

Mais le rectorat a souhaité limiter l'information aux seuls élèves de sa classe...

Le chef d'établissement a adressé un message aux enseignant.es, nous avons pu échanger par mail avec certain.es d'entre eux, choqué.es. Nous avons également été appelées par des adultes qui avaient besoin de verbaliser eux aussi.

Nous avons bien conscience toutes les 2 que cela n'est pas satisfaisant, que cela ne remplacera jamais une vraie cellule d'écoute en présentiel. C'est assez frustrant de ne pas pouvoir accompagner au mieux cette souffrance, mais nous avons tenté de faire au mieux, avec les moyens du bord, et surtout ceux qu'on nous donnait.

M. et M.
St-Pierre-et-Miquelon
La Réunion
Guadeloupe
Polynésie Française
Nouvelle-Calédonie
Guyane
Mayotte
Mayotte
Martinique
Wallis-et-Futuna