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COVID-19 - LES INFIRMIER.ES DE L'ÉDUCATION NATIONALE DANS L'ACTION.

Témoignages des Infirmier.es du Rhône - 69


Bas les masques !

« Je n’suis pas un héros, ces faux pas me collent à la peau, je n’suis pas un héros, un héros ! ».

Si je chante faux, c’est qu’il n’y a personne pour me donner le La.
Dans cette cacophonie qui se joue à huit clos, la faute en est au corona
Vivement qu’on tire le rideau !

« 700 millions, non, 1 milliard 400 millions de chinois
Et moi et moi et moi ?
Avec ma vie, mon petit chez moi
Mon mal de tête, mon point au foie
J’y pense et puis j’oublie
C’est la vie, c’est la vie ! »

Passé le stade de la sidération et d’une discrète contamination
Me voici brutalement confinée, à distance de mon quotidien, au plus près de moi-même.
La plupart du temps ignorée de mes pairs, j’exerce dans une autre sphère.

Dans une vie antérieure et ,de la jeunesse ,l’ardeur
J’ai battu le pavé, scandé avec mes consœurs
Pour défendre mes droits dans un monde sans foi, qui étouffe les voix
« Ni bonne, ni nonne, ni conne »
Encerclée pour refuser d’être inféodée dans un métier à responsabilité
Quittez vos préjugés, images du passé
Oui nous méritons d’être mieux payées !

A présent je m’occupe de vos enfants, de vos adolescents.
Si dans les hautes sphères on ne m’écoute guère
Eux sont mon ordinaire

Vingt ans de face- à- face qui parfois me dépassent
Dans le champ de l’éducation où s’égrènent des prénoms :
Nina qui pleure, muette de tristesse, et se réfugie dans mes bras
Oscar :il parait que tu fais n’importe quoi, alors on t’envoie vers moi.
Angélique dyslexique et Damien bourré de tics
Voici qu’arrive Mehdi en hypoglycémie tandis que l’on m’appelle : crise de spasmophilie
Demain ce sera Léo et son épilepsie, Manon et son mal au bidon
Cyril qui reviendra, mais non pas encore toi !
Retourne donc étudier, reviens à la récré, ton prof va s’inquiéter
Le téléphone qui sonne, les mails qui s’accumulent, les passages qui défilent
Marie se scarifie et Morgane se confie : elle a été violée
Inès est perturbée : ses parents ont divorcé
Les heures qui défilent, les visages qui s’animent, les « mal être » qui s’expriment
Ahmed est harcelé, il va falloir l’aider
Hugo est plein d’idées mais ce n’est jamais assez
Tu ne sais pas bien qui tu es et on te presse de décider !

Ah ! voici qu’on applaudit aux balcons tous ces héros de la Nation
L’émotion s’exprime plus que de raison mais ne me fait guère illusion

« Allons enfants de la Patrie-i-e, le jour de gloire est arrivé ! »
Si je me joins à l’unisson, c’est pour toi ma fille
Dans l’Est infirmière en réanimation
Pour toi aussi mon ainée infirmière en transplantation
Et aussi pour toi qui m’écoute avec un sentiment d’abandon !

Autour de moi, l’entourage s’en mêle :  quoi tu n’es pas au front ?
Non ! je te laisse à ta déception et son plein d’ambition
Je n’irai pas au Panthéon
Tu vois j’ai donné pour la Nation à défaut de ta considération !
Monsieur le Président
Je ne fais pas la guerre, je ne suis pas militaire
Je suis une infirmière !
Vous en êtes-vous soucié naguère ?

Alors je révise ma grammaire :
Passer d’une forme passive « être confinée » à une active « se confiner »
Le conjuguer au présent, espérant le décliner au passé et qu’il soit dépourvu de futur
J’intègre dans mon champ lexical « distanciation sociale » en sus de charge mentale

J’en appelle certains et répond aux messages car il faut prendre soin
Toujours garder le lien et penser à demain
Je suis dans un mode veille, car rien n’est plus pareil
Jusque dans mon sommeil
Samuel, Émilie, Jeanne, Marie, Arthur, Inès et leur murmure,
 Ce sont mes gueules cassées, mes gueules de bois, mes coups de gueule parfois

Il se dit que les infirmières scolaires encombrent le ministère
Nos gouvernants voudraient qu’on lève le camp
Et préparent en catimini notre prochaine sortie
Il me faudra peut-être retrouver les pavés Monsieur Blanquer !

Vois-tu, je sais ce qui m’attend,
J’irai par les chemins qui fondent ma raison,
 Avec détermination malgré la trahison
Et vous nos directions, notre administration
Qui nous faites pression depuis votre maison
Pas besoin de vos leçons, votre intimidation
On connaît nos missions !

Quittez votre juchoir, votre ton péremptoire
Nous ne sommes plus au temps du directoire !
Point de champ de bataille, sauf pour les racailles
Mais le chant de nos âmes dans un élan de slam

Amélie tu m’écris :
« Notre génération a aussi besoin de gens comme vous pour nous guider dans le monde
Et pouvoir ensuite avancer par nous-mêmes »

Ton message est le plus beau des honneurs
Car même si l’air de rien, je n’en pense pas moins
Accueillir, prévenir, écouter, soigner, accompagner,
C’est mon métier au lycée
Vous êtes l’avenir, je suis votre passeur
Et vous porte dans mon cœur !

A.R.
J’ai centré mon action sur deux axes : le collège et les deux écoles qui reçoivent du public.

Pour les écoles, je passe deux fois par semaine afin d'apporter des conseils au niveau de l'hygiène et de rappeler les mesures de distanciation sociale.

Le regard extérieur que j'apporte est intéressant car, par exemple, pour l’une d’elles et malgré le port de masques, j'ai pu remarquer que les enseignants étaient proches physiquement des enfants et que même la distance entre adultes n'était pas respectée, alors que ces dispositions avaient été établies au départ.

Ainsi, avec la directrice, nous avons fait une note de service à l'adresse de tous les enseignants de primaire qui doivent intervenir auprès d'enfants, rappelant les mesures à adopter.
Je fais aussi le point sur le matériel (gants, masques) et je peux compléter si nécessaire avec ma réserve.

Le fait de me voir, d'échanger rassure les directeurs-trices, et eux-mêmes me demandent de passer...

Au collège, un point téléphonique est fait par la vie scolaire avec les familles toutes les semaines afin de savoir si la continuité pédagogique est effective, puis le CPE me transmet la synthèse. Les familles présentant des symptômes du Covid 19 y sont mentionnées ainsi que celles pour lesquelles le confinement n'est pas aisé.

À partir de ce document, j'appelle les familles concernées pour faire le point avec elles.

Il s'avère que ces familles ont besoin d'échanger par rapport à leurs expériences, et les entretiens sont assez riches.

Je contacte aussi les familles pour lesquelles soit le confinement est difficile, soit des problèmes de santé ont été repérés.

Dans ce moment si particulier, si un membre de la famille présente des soucis de santé, toute la famille confinée est impactée et les conseils, l'écoute que nous pouvons leur apporter est bénéfique.

Nous avons aussi réalisé une visioconférence dans le cadre du GPDS et du suivi de nos élèves.

Chacun.e de nous s'est engagé à suivre et donc à contacter les élèves et les familles repérés lors de cette réunion.

Les familles et les élèves répondent plutôt bien à mes appels et il n'est pas rare que, une fois l'entretien avec un des deux parents réalisé, celui-ci me demande d'échanger avec leur enfant. Souvent, il s'agit d'élèves que je suis et qui ont habituellement un suivi

Pour une de ces familles, j'ai pu travailler avec la maman, alors que les troubles des conduites alimentaires de sa fille s’aggravaient avec le confinement, sur une prise en charge.
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