Je vous prie tout d'abord de bien
vouloir excuser Brigitte Le Chevert notre secrétaire générale, pour son
absence. Je vous remercie d'avoir invité le SNICS à intervenir lors de
votre colloque sur la médecine scolaire, bien que les infirmières de
l'Education nationale n'en fassent pas partie, d'une part parce qu'elles ne
sont pas des personnels médicaux, mais surtout parce que les missions dévolues
à la médecine scolaire ne font pas partie des missions des infirmières.
Le périmètre de la médecine scolaire est défini
principalement dans des textes discutés en dehors du débat sur l'Education
nationale. Ainsi, c'est dans le cadre du projet de loi sur la protection de
l'enfance, que les députés viennent dans un consensus
général de décider le 9 janvier dernier, de renforcer la prévention sanitaire par l'adjonction de visites
médicales obligatoires non seulement au cours de la sixième année comme jusqu'à
présent mais également au cours des neuvième, douzième et quinzième années des
élèves. Ces textes, votés en dehors de l'Education Nationale, ont vocation à
s'appliquer quelque soit le lieu de scolarisation.
Pour les infirmières de l'Education nationale, il en va
différemment : en effet, bien que leurs décrets professionnels soient
discutés et validés par le ministère de la santé parce que ces décrets concernent
tous les infirmiers et ont pour objet de définir le soin infirmier y compris
dans sa dimension éthique, en ce qui concerne la Santé à l'Ecole et par
conséquent les missions infirmières, c'est le ministère de l'Education
nationale qui est le seul décideur et le maître d'œuvre. Par exemple, le débat
sur la contraception d'urgence a été conduit par le ministère de l'éducation
nationale et non le ministère de la santé. La loi sur cette contraception
d'urgence s'applique uniquement aux établissements publics d'enseignement et
aborde avant tout pour les infirmières les missions d'accueil, d'écoute et de
dimension éducative. Dans le même sens, c'est dans le cadre du débat sur
l'Ecole, que les 1500 créations d'emplois d'infirmière ont été votées, pour
mettre en œuvre non pas des dépistages médicaux qui comme on vient de voir sont
décidés en dehors du champ et des compétences de l'Education nationale, mais pour
accueillir et écouter les élèves dans le cadre de la réussite scolaire. Le CTPM
du 11 janvier 2007 vient de le rappeler. Le même CTPM a par ailleurs été conduit
à supprimer 30 postes d'assistantes sociales qu'il avait pourtant programmés,
pour les transformer en 30 postes de médecins afin de permettre aux médecins de
l'Education nationale de répondre aux nouvelles obligations que la loi sur la
protection de l'enfance que je viens d'évoquer, a décidé de leur confier.
La nécessité de recentrer la Santé à l'Ecole sur ses propres
enjeux a donné lieu, après 2 ans de négociations avec les cabinets de Ségolène
Royal puis de Jack Lang, à 3 textes publiés par le ministère de l'Education
nationale le 12 janvier 2001 : un texte arrêtant l'orientation générale de
la politique de santé de l'Education nationale et deux textes définissant les
missions respectives des médecins et des infirmières. Les 2 principaux
syndicats d'infirmières, SNICS/FSU et SNIES/UNSA en accord avec le SNPDEN, syndicat
majoritaire des chefs d'établissement, ont à cette occasion publié un
communiqué commun pour saluer l'orientation positive et citoyenne de ces textes
en matière de politique de Santé à l'Ecole.
En améliorant la lisibilité de la Santé à l'Ecole et en
substituant le service de promotion de la santé créé en 1991 par une mission de
promotion de la santé en faveur des élèves, ces textes ont permis d'une part un
meilleur éclairage des compétences, des obligations et des responsabilités de
chaque professionnel de l'Ecole, d'autre part de mieux promouvoir la santé des
jeunes du système éducatif et de mieux répondre à leurs demandes de soins,
d'écoute, de conseil, d'éducation à la santé et de suivi.
Cette nouvelle orientation de la politique de santé en
faveur des élèves, a ciblé l'établissement scolaire au cœur du dispositif, je
cite " le cœur de la politique de santé est l'établissement scolaire
sur lequel repose la définition des besoins, l'impulsion et l'animation des
actions dans le cadre du projet d'école ou d'établissement, l'organisation des
partenariats de proximité, sous la responsabilité du directeur d'école ou du
chef d'établissement, tant en ce qui concerne les élèves que les équipes
éducatives. Les stratégies et les actions doivent être élaborées notamment à
partir des besoins et des propositions des écoles et des établissements
scolaires afin de les mobiliser de manière efficace ".
Non seulement ces circulaires ont affirmé la nécessaire
implication de l'ensemble des personnels de l'Ecole à la mission de promotion
de la santé en faveur des élèves et à la promotion du bien être, mais elles ont
également réactualisé la place et le rôle de l'infirmière dans l'établissement
pour pouvoir mieux répondre ponctuellement et dans la continuité, au besoin de
santé globale des élèves et leur permettre de reprendre rapidement la classe
dans les meilleures conditions pour leur réussite.
Pendant la durée de
leur scolarisation, les élèves passent de 6 à 10 heures par jour, voire
davantage, dans les établissements scolaires. L'école, lieu d'apprentissages et
de socialisation, est donc aussi un lieu de vie. Les difficultés que
rencontrent une grande majorité d'élèves peuvent relever d'une adaptation
aux rythmes scolaires, heures de passage matinales et tardives des transports
en commun, journées de travail trop longues, étude le soir, temps de repas trop
courts ou bruyants, classes surchargées, quelquefois insuffisance de personnels
qualifiés pour encadrer, absence de lieux de vie structurés et équipés,
pression de la réussite scolaire de la part de l'institution, etc.
A ces difficultés
peuvent s'ajouter les problèmes rencontrés à la maison dus à une situation
familiale difficile mais également à la pression parfois subie et exercée par
certains parents concernant la scolarité et qui ne permet pas aux jeunes de
souffler. Il peut en être de même pour les activités extra scolaires imposées
par les familles ou à contrario, l'absence totale de loisirs qui peut également
générer des frustrations.
Les infirmières sont
donc confrontées aux différents symptômes que présentent les jeunes en réponse
à ces difficultés du quotidien et qu'ils ne savent pas toujours nommer. C'est
pourquoi elles ne négligent aucun des facteurs influant sur la santé globale
des élèves ou sur leur scolarité.
L'espace infirmerie, lieu d'intimité où les jeunes peuvent
se poser et venir parler de ce qu'ils vivent à un professionnel de la santé,
doit être protégé comme le réclament les élèves, les parents et nos partenaires
enseignants et éducatifs. En effet, lorsqu'un espace de remédiation ayant des
compétences dans le champ de la santé globale existe au sein de
l'établissement, la « remise en selle » personnelle et scolaire de
l'élève pourra être plus rapide et ce d'autant, s'il en est besoin, qu'un
travail en partenariat avec les autres membres de l'équipe pluriprofessionnelle
pourra être mis en place pour des solutions de soutien.
L'infirmerie est un espace rassurant où les jeunes trouvent
refuge lorsqu'ils sont en détresse après avoir pris certains risques. Des
solutions peuvent être rapidement trouvées pour ces non-malades qui pourtant
demandent des soins pour leurs blessures intimes. Nous avons l'exemple de
jeunes adolescentes... Une jeune fille qui a un rapport non protégé, souvent ne
sait plus très bien où elle en est... Si de plus, elle vit en milieu rural où la
contraception d'urgence est d'un accès plus problématique qu'en milieu urbain,
c'est auprès de l'infirmière d'établissement que le plus souvent elle vient
« déposer » sa détresse : peur d'être enceinte, difficulté à parler
de sa sexualité naissante ou de relations affectives décevantes... Il apparaît
donc important pour cette jeune fille qu'elle puisse avoir à proximité, un
professionnel compétent qui puisse évaluer sa demande, délivrer si besoin la
contraception d'urgence, assurer le suivi afin que cette élève puisse avoir
accès à une sexualité responsable. Mais aussi qu'elle retrouve l'estime de soi
si elle s'est sentie atteinte dans son intégrité, pas respectée ou pour qu'elle
retrouve sans crainte la possibilité d'une relation affective partagée. La
construction de la sexualité des élèves souvent liée à des comportements à
risques, perturbe fréquemment le temps de l'Ecole. Nous devons les aider à
construire et à protéger leur intimité, les rassurer, les faire réfléchir sur
ce qu'ils cherchent à travers elle, leur permettre de s'épanouir afin qu'ils
soient aussi disponibles pour les études. Mais cette éducation ne peut faire
l'impasse sur la prévention du risque de grossesse non désirée. C'est pourquoi la
loi a autorisé les infirmières de l'Education Nationale à délivrer la
contraception d'urgence.
L'objectif de l'éducation nationale étant la réussite
scolaire des élèves, le système éducatif prend en compte les enseignements mais
également les conditions qui permettent ces enseignements. C'est en ce sens que
l'éducation nationale recrute des infirmières dont les missions sont en lien
direct avec l'acte pédagogique.
Mais pourquoi des infirmières ?
Le décret du 11 février 2002 relatif aux actes
professionnels et à l'exercice de la profession d'infirmier définit les soins
infirmiers comme relationnels, techniques, éducatifs, préventifs ou curatifs.
L'article 2 stipule : « Ces soins ont pour objet,
dans le respect des droits de la personne, dans le souci de son éducation à la
santé et en tenant compte de la personnalité de celle-ci dans ses composantes
physiologique, psychologique, économique, sociale et culturelle de
protéger, maintenir, restaurer et promouvoir la santé physique et mentale des
personnes ou l'autonomie de leurs fonctions vitales physiques et psychiques en
vue de favoriser leur maintien, leur insertion ou leur réinsertion dans leur
cadre de vie familial ou social ».
L'article 5 précise « Entretien d'accueil
privilégiant l'écoute de la personne avec orientation si nécessaire, aide et
soutien psychologique ; observation et surveillance des troubles du
comportement ».
Enfin l'article 14 souligne « selon le secteur
d'activité où il exerce, et en fonction des besoins de santé identifiés,
l'infirmier propose des actions, les organise ou y participe ».
Les infirmières déclinent donc de manière spécifique des
facettes de leur profession au sein de l'Education Nationale, déclinaison qui
nécessite la mise en œuvre de professionnalités spécifiques. Dans le système
éducatif, ce sont principalement les soins relationnels et éducatifs qui sont
utilisés et utiles même si les soins techniques, curatifs ou préventifs ont
également leur place. Les soins relationnels sont à différencier de la
dimension relationnelle inhérente à tout soin. Le contenu du soin relationnel
n'est pas une simple conversation entre l'infirmière et l'élève. Mal connu, ce
soin n'est donc pas une simple écoute. C'est à partir des concepts théoriques
que l'action de l'infirmière va se porter sur l'élève et son environnement afin
de l'aider à identifier ce qui pose problème et à utiliser ses ressources
internes et ses capacités à réagir. L'infirmière essaie de trouver des réponses
satisfaisantes dans le cadre de sa démarche de soins pour redonner confiance à
l'élève, le responsabiliser et aussi le rendre plus disponible pour sa
réussite.
Quelles
sont les garanties apportées par les soins infirmiers ?
Des
garanties aux élèves tout d'abord
- Garantie que l'ensemble de ces soins seront donnés avec
« compétence » puisque l‘exercice de cette profession n'est possible
qu'avec un diplôme d'état et dans le respect de règles professionnelles éthiques
(décret de février 1993).
- Des garanties de secret professionnel et de
confidentialité préservant le respect de la personne et de son environnement.
- La garantie que tout sera mis en œuvre pour le réinsérer
dans le fonctionnement de l'institution et donc des cours.
- La garantie liée à la position non coercitive de l'infirmière
au sein de l'institution.
- La garantie liée à l'obligation faite à l'infirmière de
rétablir du lien autant que faire se peut avec les parents, les enseignants...
Des
garanties aux équipes d'établissement ensuite
- Garantie que les soins dispensés le seront à partir d'un
cadre légal de compétences.
- Garantie d'un retour sur l'institution.
- Garantie d'un suivi infirmier obligatoire.
Quelle traduction maintenant dans l'institution de ces actes
infirmiers ? cf statistiques infirmières relatées dans la publication que
nous vous avons apportée
NDLR : Pullication que vous pouvez retrouver en suivant ce lien
L'orientation dominante supérieure à 80% à l'issue des soins
infirmiers est le retour en cours. Quant aux principaux partenaires de
l'infirmière, ils sont par ordre de priorité :
- La
vie scolaire,
- L'équipe
pédagogique,
- Le
médecin de l'internat,
- L'administration,
- Les
familles,
- L'assistante
sociale scolaire,
- Le
médecin scolaire,
- Les
partenaires extérieurs notamment les soignants des élèves tels les médecins de
famille et les spécialistes mais aussi les réseaux de soins.
L'obligation est faite à l'infirmière de prendre en compte
l'environnement de l'élève et de prendre en charge ce qui relève légalement de
sa compétence. Pour cela elle met en œuvre les techniques d'accueil, d'écoute
et d'entretien. Elle met également en œuvre avec l'élève des éléments de
réponse à sa problématique personnelle. Elle l'oriente si besoin. Enfin elle crée
du lien avec les équipes pédagogiques et d'administration de l'établissement et
avec les parents.
Elle a l'obligation d'analyser les besoins et attentes
individuels pour en dégager les besoins et attentes des groupes classes ou de
l'établissement. Cette analyse permet un retour vers l'établissement pour
élaborer et mettre en œuvre sa politique de prévention et d'éducation en
partant des besoins locaux. Ceci est un gage de pertinence et d'économie de
moyens. Le retour de cette analyse permet également de définir les priorités de
prévention et d'éducation qui en découlent, vers les équipes pédagogiques.
De ce fait les actions collectives de proximité sont
nettement plus appropriées aux besoins et aux attentes de la population
concernée que dans une démarche verticalisée, descendante du type démarche de
santé publique pure venant d'experts éloignés, extérieurs à l'institution et
sans liens constants avec les élèves.
Ce retour vers l'établissement permet et crée l'obligation
du travail en équipe pluriprofessionnelle sans que ces projets de prévention et
d'éducation soient déconnectés des projets pédagogiques.
Ainsi, l'approche, les besoins et les réponses seront
différents selon le lieu des établissements : zone rurale, sub-urbaine ou
urbaine mais également en fonction de la spécificité des établissements.
Il y a lieu de souligner au passage que le milieu rural se trouve en
discrimination négative par rapport à l'accès aux soins infirmiers. En milieu
rural, il est beaucoup plus difficile, pour un adolescent, de se rendre dans un
centre de planification, d'aller acheter des préservatifs dans la pharmacie de
son village au vu et au su de tout le monde, de trouver des espaces de parole.
L'anonymat y est beaucoup plus difficilement respecté puisque les déplacements
se font sous le regard de tous contrairement au milieu urbain. Le recours à
l'internat y est beaucoup plus fréquent et quasi obligatoire pour certaines
sections. L'infirmière de l'éducation nationale y a donc une place
prépondérante et encore plus importante pour les élèves et les équipes
d'établissement. Or ces établissements étant fréquemment de petite taille,
rares sont les collègues ruraux à bénéficier des services d'une infirmière ne
serait-ce qu'à mi-temps.
Quels sont les besoins
repérés par les infirmières ?
Tout d'abord les besoins
exprimés
- Le mal-être, le besoin de soin relationnel.
- Les
éléments statistiques font apparaître une augmentation significative des passages
à l'infirmerie pour des demandes « d'écoute » et de suivi infirmier
qui prennent souvent comme expression première la somatisation d'un mal-être.
Ce mal-être peut parfois être généré par l'institution elle même. L'échec
scolaire est souvent à l'origine de conduites déviantes.
- L'obligation
de réussite faite aux élèves par les parents et les enseignants crée parfois
des situations de mal-être profond dans certains établissements avec des
sections cotées comme les classes préparatoires... Le mal être n'est donc pas
seulement en lien avec des situations sociales difficiles...
- Des
besoins et des demandes autour de la sexualité.
Ensuite
les besoins identifiés
- Les
conduites addictives,
- L'hypermédicalisation
(j'ai mal ! Je veux un médicament de suite),
- Les
troubles de conduites et de comportements,
- Le
mal être,
- La
sur-information : les élèves se disent sur-informés, « gavés »,
sans que paradoxalement il y ait appropriation des messages.
Quelles actions pour
l'infirmière ?
A titre individuel
- L'accueil,
l'écoute, les soins infirmiers permettent une prévention et une éducation à la
santé à titre individuel centrée sur « l'intime » ;
- Comment
passer du savoir au savoir-être et au savoir-faire et contribuer ainsi à
l'appropriation des messages en travaillant sur les freins liés au domaine
psycho-affectif, au champ social et culturel propre à cet élève ;
A
titre collectif notamment avec l'équipe pédagogique
A partir de l'analyse des besoins et des attentes
individuels, les problématiques de groupe se dégagent, problématiques qui seront
différentes d'un établissement à l'autre, d'un groupe classe à l'autre.
Les actions collectives ne peuvent être efficaces que
si elles sont en lien avec les projets pédagogiques du projet d'établissement. Si
elles sont en constante complémentarité et cohérence avec l'éducation à la
santé à titre individuel effectuée au quotidien par l'infirmière dans son
infirmerie. Si elles sont en accord avec les valeurs de l'institution. Alors
elles permettent d'échanger et de travailler sur les représentations
individuelles et collectives sans donner à parler de l'intime, ce qui est du
ressort de l'éducation à la santé à titre individuel. En effet, dans une action
collective on parle de sexualité et non de « sa » sexualité, alors
qu'à l'infirmerie on peut être amené à parler de « sa » sexualité.
Ces actions collectives ouvrent la porte à un suivi
infirmier individualisé pour les élèves qui le demandent à l'issue des séances.
Le travail d'équipe et la
complémentarité
Bien qu'elle doive assumer ses responsabilités, l'infirmière
ne peut et ne doit faire que ce qui est de sa compétence en fonction de ses
missions et de ses règles professionnelles éthiques. Il ne doit pas y avoir
confusion des rôles de chacun. Les affichages doivent être clairs, les
superpositions de missions ou de tâches ne sont pas constructives pour les
adolescents qui ont besoin de repères clairs y compris dans les champs de
compétences des différents adultes qui gravitent autour d'eux. La confusion des
rôles et des missions contribuent à un gaspillage de moyens et crée les
conditions pour que les missions spécifiques des infirmières ne soient plus
remplies correctement. L'inefficacité est à la clé ainsi que l'insatisfaction
des élèves, des équipes d'établissements et des parents d'élèves.
Un affichage clair, y compris dans les pratiques
professionnelles, permet un travail d'équipe plus efficace, cohérent, dans le
respect des zones d'autonomie, de la complémentarité de chaque profession et
donc d'aller plus loin pour les élèves et avec eux.
Quels sont les espaces de
lien entre l'infirmière et l'équipe pédagogique ?
Les conseils de classes, les réunions de l'équipe de
direction, les CHS, les réunions vie scolaire, les différentes commissions
(menus, fonds sociaux...). Il est important de préciser qu'il ne faut pas que ces
espaces de lien se tiennent au détriment des contacts individuels
« infirmière/élève » qui tout en étant moins formels sont beaucoup
plus fréquents.
Ces espaces de liens sont principalement en direction des CPE,
des professeurs principaux, des autres enseignants, de l'équipe de direction.
Quels sont les outils
d'analyse ?
Ces outils permettent à l'infirmière de faire un retour
quantitatif et qualitatif vers l'équipe pédagogique quant aux besoins et aux
attentes des élèves, d'un groupe classe ou d'un établissement. Tout d'abord le
volet 1 du cahier de l'infirmière qui permet de faire la somme des besoins et
des demandes individuels des élèves et la somme des réponses, en un mot les
soins infirmiers effectués. Son analyse permet d'élaborer des éléments de réponses
appropriés à la problématique de la collectivité étudiée.
Le volet 2 du cahier de l'infirmière quant à lui, permet de
faire apparaître les actions éducatives en équipe et permet d'appréhender la
pertinence de ces actions en corrélation avec les besoins et demandes du volet
1. Il est à noter que l'informatisation de cet outil, ou du moins l'utilisation
de l'outil informatique (logiciel SAGESSE) est encore nettement insuffisant.
Quelques précisions concernant la gestion des infirmières de
l'éducation nationale car elles aident à la compréhension du fonctionnement
interne des établissements mais aussi des missions des infirmières. La gestion
rectorale des emplois infirmiers doit permettre d'implanter ces emplois en
fonction des besoins locaux, en tenant compte des difficultés d'accès aux soins
et de la réussite scolaire et en lien direct avec le projet pédagogique
académique. Cette gestion met l'infirmière dans l'obligation de travailler en
équipe pédagogique comme tous les autres personnels qui sont dans sa posture
professionnelle (CPE, documentalistes...). Cette gestion associée à la notation
administrative de l'infirmière par le chef d'établissement, a comme
signification directe que c'est la mission de l'éducation nationale qui
prévaut, l'exercice de l'infirmière étant reconnu en terme de responsabilité au
service du bien être et de la réussite scolaire des élèves dans
l'établissement.
Les infirmières de l'Education nationale sont donc au plus
près des besoins locaux et leur réponse s'adapte en fonction de ces besoins et
des orientations politiques de l'institution. Leur implantation dans les EPLE, au
même titre que les autres personnels de l'équipe pédagogique, combinée avec la
position particulière de l'infirmière dans l'établissement « ni juge ni
arbitre », permet un recul suffisant pour appréhender au mieux les
difficultés locales, du moins de manière plus pertinente et plus efficace que
des « partenaires extérieurs » qui n'étant pas « dedans »
ne peuvent assurer un suivi et une analyse en continu des élèves et des groupes
classes.
Difficultés rencontrées
- le
morcellement des postes infirmiers sur plusieurs établissements.
- l'obligation
faite aux infirmières par certains rectorats de contribuer à des missions légalement
médicales telles le bilan des 6 ans limite de fait la réalisation des missions
prioritaires infirmières.
- le
détournement des missions spécifiques des infirmières au profit de priorités
académiques axées sur des programmes de santé publique occulte les besoins
spécifiques des établissements et des jeunes qui s'y trouvent. Ces programmes
servent davantage de relais au Ministère de la Santé qu'au Ministère de
l'Education Nationale dont l'objectif est de voir prendre en compte les besoins
réels des établissements pour favoriser la réussite des jeunes. Des différences
fondamentales en rapport avec la pratique des différents métiers existent entre
la Santé publique et la Santé à l'école : la " Santé à l'Ecole "
est une notion née de la pratique infirmière depuis 50 ans dans les collèges et
les lycées, en réponse à une demande croissante de soins des élèves.
- le
détournement illégal et scandaleux des personnels infirmiers du service public
d'éducation au profit des établissements d'enseignement privé sous contrat, qui
reçoivent pourtant des subventions de l'état pour recruter leur propre
personnel.
- les
nombreuses circulaires traitant de la prévention et de l'éducation à la santé
prêtent à confusion en matière de missions et de rôles de chacun et s'appuient
surtout sur le volontariat des personnels. Leurs actions se révèlent, dès lors,
très disparates, trop ponctuelles voire inexistantes, car monter des projets et
les mettre en œuvre demande beaucoup de disponibilité au delà du temps de
travail imparti. Cela nous ramène à la nécessité de disposer de temps pour
mettre en place ces actions sur le temps scolaire, pour mobiliser l'équipe
pluriprofessionnelle, mais aussi sur la nécessité d'une formation commune de
qualité dans ces domaines.
- le
manque de formation est également une difficulté importante : la grande
majorité des infirmières souhaite avoir accès à une formation spécifique
d'adaptation à l'emploi, en alternance sur un an, après le concours d'entrée pour
permettre une connaissance de la spécificité de la profession à l'Education
nationale et homogénéiser les pratiques infirmières. En effet, elles
travaillent directement avec l'élève et sont totalement impliquées dans le
projet individuel de ce dernier. Par ailleurs, pour qu'une véritable dynamique
de travail puisse s'installer au sein des établissements, il doit y avoir un
apprentissage et une mise en commun des acquis des différents partenaires dans
un même lieu. L'école s'est transformée et doit tenir compte des différences
existant entre les différentes populations élèves. Si chacun dans sa professionnalité
doit travailler avec et pour l'élève, la communication entre les différents
professionnels, la mise en place d'une culture commune institutionnelle et un
travail en équipe pluriprofessionnelle plus cohérent dans les établissements
scolaires doivent être possibles. Seuls des modules de formation mis en place
dès l'entrée à l'Education Nationale, permettront aux différents acteurs de
mettre en complémentarité leurs savoirs et leurs compétences pour un meilleur
service rendu aux élèves dans un service publique laïc de qualité. L'éducation
nationale gagnerait en temps et en efficacité si les équipes d'établissements
étaient formées dès la prise de fonction pour travailler ensemble, afin de
répondre de façon adaptée aux élèves qui se retrouvent en difficulté ou qui ont
des problèmes qui perturbent leur scolarité. La condition primordiale pour
apprendre à respecter les fonctions de chacun et à respecter les élèves en
demande d'aide ou de soins particuliers, est que chaque professionnel comprenne
ce qu'il peut attendre des autres professions séparément et ensemble.
- Le
manque de postes conduit les infirmières à être partout à la fois sans
satisfaire véritablement personne, ni les élèves, ni les établissements du 2nd
degré, ni les écoles, ni elles-mêmes. Quel professionnel pourrait se satisfaire
de gérer seulement l'urgence quand sa mission est autre ? Le SNICS avait
fait des propositions pour une autre organisation des postes mixtes, permettant
une couverture efficace de chaque collège et de chaque secteur primaire de
recrutement, par la nomination de 2 infirmières par collège avec une présence à
mi-temps sur le collège et à mi-temps sur le secteur primaire de rattachement.
Les infirmières veulent pouvoir
mettre leur profession au service des élèves de façon concrète et dans la
durée. Elles veulent redonner du sens à leur métier et ne plus se voir imposer
de ne faire que passer d'un établissement à un autre pour constater les
problèmes sans pouvoir les traiter au fond. Sommes nous là seulement pour une veille
sanitaire sans possibilité d'actions dans la durée? Imagine-t-on un CPE qui
irait un jour dans un établissement, un jour dans un autre et ainsi de suite?
Alors, pourquoi imposer cela aux infirmières ?
Si le rapport de la commission Thélot avait suscité diverses
protestations, il faisait cependant état de l'attention à apporter à l'écoute
des adolescents et d'une volonté d'accroître la présence et le nombre des
infirmières au sein des établissements. C'est dans ce cadre que 1500 créations
de postes d'infirmières ont été décidées sur 5 ans. Mais ces créations ne
seront malheureusement pas suffisantes pour que le droit des jeunes à la santé
et à l'éducation puisse être effectif et que les textes définissant les
missions croissantes des infirmières puissent être appliqués dans leur totalité.
6900 postes d'infirmières pour 7800 collèges et lycées
publics, 55000 écoles publiques et 2 millions d'étudiants conduisent
obligatoirement à un saupoudrage des postes qui induit lui-même un manque
d'efficacité et un service rendu aux jeunes très inégal. Je veux rappeler que des
milliers de collégiens ne voient l'infirmière qu'une fois par semaine voire par
quinzaine !
Il faut que les gouvernements quels qu'ils soient, prennent
leurs responsabilités et comprennent une fois pour toutes que les infirmières
doivent pouvoir faire correctement et efficacement leur métier en lien direct
avec les enjeux de l'Ecole. Il faut obtenir un plan pluriannuel de créations de
postes et une véritable formation d'adaptation à l'emploi ainsi qu'une
formation continue à la hauteur des enjeux.