Le
brainstorming entamé ensemble depuis quelques semaines a conduit le SNICS à
questionner plus que jamais, je ne dirais pas à mettre sur le grill mais c'est
presque cela, le SNESup/FSU, syndicat majoritaire des enseignants chercheurs
des universités avec lesquels nous sommes amenés à travailler deux fois par
mois dans le cadre de notre fédération.
Le
DE d'infirmière est un diplôme d'exercice comme tous les diplômes d'état du champ
de la santé c'est-à-dire pas en relation directe avec le système LMD. Cette
situation est donc également valable pour les diplômes de médecin, chirurgien
dentiste, pharmacien et sage femme qui ne sont pas encore intégrés dans le
système LMD. Cependant, malgré l'absence d'équivalences pour ces 4 professions,
parce qu'elles sont formées à l'université, le ministère de la santé et le
ministère de l'enseignement supérieur sont en passe de les intégrer très
prochainement dans le dispositif LMD.
Dans
ce cadre, nous avons des interrogations :
- Qu'advient-il de la
profession infirmière compte tenu du refus qui nous a été opposé en mars
dernier d'intégrer le DE dans le LMD ?
- Alors qu'il y a près de
30 ans le diplôme d'Etat d'infirmier, pour lequel la formation durait 2 ans,
permettait d'aller en licence par son homologation au DEUG, aujourd'hui cette
formation, qui est passée à 3 ans ½, n'aurait de fait plus aucune équivalence
dans le système LMD ?
- Faut-il évoquer
l'évolution de la formation infirmière avec l'ensemble de ce qu'on appelle les
paramédicaux ou faut-il d'abord penser à cette profession dont les problèmes
n'ont toujours pas trouvé de solution ?
- Faut-il réclamer une
première année commune aux 16 professions de santé comme l'avait proposé la
Commission nationale du 20 juillet 2003 ?
- Les initiatives prises
par les université de Lorient et Orléans qui consistent à proposer une
formation complémentaire au infirmiers et aux étudiants infirmiers leur
permettant d'obtenir une licence universitaire sont, certes, intéressantes mais
ne correspondent pas à la demande de la profession d'intégrer réellement et
pleinement le DE d'infirmier dans le LMD.
- Quant à la licence
professionnelle est-elle la bonne réponse ?
- Un diplôme à finalité
professionnelle signifiant obligatoirement une formation professionnalisante,
la question du type de licence est donc posée : professionnelle ou
universitaire ?
- Mais quelle est la
différence fondamentale entre ces deux types de licence ?
- Les licences
professionnelles conduisent-elles à des masters Pro ?
Non,
car les licences professionnelles sont impérativement tubulaires et une fin en
soi. Elles ne permettent absolument pas d'accès à la recherche et donc pas de
poursuite d'études vers les grades Master et Doctorat. En fait, les masters Pro
existent mais de manière très marginale et ne sont pas orientés vers la
recherche. Ils sont réservés notamment aux anciens DESS. Ce n'est donc pas une
licence professionnelle qui répondrait à nos attentes mais une licence
universitaire qui, elle, permet la recherche et donc la poursuite d'études.
Cependant est-elle permise aux formations professionnalisantes ? Ces
formations professionnalisantes ne conduisent-elle pas obligatoirement à des
licences professionnelles ?
Pour le
SNICS c'est NON à partir du moment où une remise à plat de l'enseignement sur
les fondamentaux de notre profession accompagne l'intégration dans le LMD et
que le statut des enseignants qui forment notre profession évolue. Deux
exemples qui montrent que c'est possible :
- Les
STAPS : l'enseignement des activités physiques et sportives, reconnu
totalement aujourd'hui dans le LMD et la recherche, a été construit sur mesure
à partir des métiers liés au sport.
- Les
IUFM : leur intégration dans les universités est actuellement en cours
sans qu'il y ait de remise en cause des actuels formateurs.
Pour
le SNICS, il faut donc aller vers une universitarisation complète des études et
la création dans les universités d'un domaine santé, dans lequel il y aurait
différentes filières où chacune des 16 professions de santé définies dans les
Livres I, II et III du code de santé publique pourrait être intégrée. Pour
exemple, sachant que cela reste à voir avec les principaux intéressés :
une filière médicale regroupant médecins, chirurgien-dentistes et sage-femmes,
une filière pharmacie pour pharmaciens et préparateurs en pharmacie, une
filière rééducation avec masseur-kinésithérapeutes, ergothérapeutes,
psychomotriciens, orthophonistes et orthoptistes, une filière imagerie médicale
pour manipulateurs-radio, une filière soins regroupant infirmiers,
pédicure-podologues et diététiciens ; enfin une filière pour audioprothésiste
et opticien-lunetier.
L'universitarisation
des études permettrait une vraie reconnaissance du statut des étudiants
infirmiers, conduirait à leur donner du souffle en leur ouvrant de nouvelles
perspectives vers la maîtrise et le doctorat via la recherche, mais également
de l'oxygène en créant des possibilités de passerelles vers d'autres formations
universitaires par la reconnaissance d'équivalences à chaque étape des études.
Notre
dernière rencontre d'hier avec le SNESup nous conduit à affirmer aujourd'hui
d'une part, que de plus en plus d'infirmières sont en reprise d'études à
l'université - ce qui est assez méconnu, d'autre part que le ministère de
l'enseignement supérieur ignore tout de notre formation, qu'il s'agisse du
contenu comme des modalités. Enfin que notre profession a, plus que jamais,
toute légitimité pour faire des propositions concernant la formation initiale
et n'a pas besoin de l'aval de quiconque, y compris du corps médical. Il est de
notre responsabilité entière de construire le socle de connaissances
correspondant à ce que nous estimons devoir être le fondement de l'enseignement
pour devenir infirmier(e) et pas uniquement de faire un copié-collé de
l'enseignement actuellement dispensé dans les IFSI. Nous avons cette
légitimité, même si elle n'est pas encore totalement reconnue et même si notre
profession relève du domaine de la santé comme les médecins et d'autres professionnels
de santé Les psychologues, par exemple, qui relèvent du domaine des sciences
humaines font fréquemment appel aux sociologues afin d'obtenir leur point de
vue sur la formation de psychologue mais ne perdent pas pour autant la main sur
leur propre formation et sur leurs décisions.
Je
tiens à dire ici que les récentes réunions du groupe LMD dont beaucoup de
membres sont présents aujourd'hui, nous ont fait avancer considérablement et
surtout mieux apprécier le travail et les propositions du CEFIEC mais aussi de
la FNESI, en matière d'intégration du DE infirmier dans le dispositif
LMD : la mise à plat des programmes, la traduction des modules en ECTS,
l'intégration d'une langue vivante et la projection des troncs communs
possibles pour la 1ère année sont des orientations qui nous
conviennent et qui, à notre sens, pourraient constituer une plate-forme commune
à peaufiner ensemble.